L’information rigoureuse, objective, validée, nous, les lecteurs, en sommes venus à la tenir pour acquise, à minimiser à la fois le travail intellectuel sous-jacent et sa valeur monnayable. Ce ne fut pourtant pas toujours le cas.

Carol Patch-Neveu Carol Patch-Neveu
Montréal

En tant que lectrice depuis des décennies de divers journaux (chez mes parents, c’était dans les deux langues, en ne nous passant pas du journal local et régional), se tenir au courant n’était pas un exercice gratuit au sens large du terme. D’abord, il fallait payer, s’abonner, cela allait de soi.

Aujourd’hui, nous pouvons chaque jour avoir accès à des textes journalistiques gratuitement, les partager, les commenter abondamment. Nous, les lecteurs sur l’internet, de plateformes numériques gratuites, adeptes des réseaux sociaux, faisons fi d’une valeur inestimable et pas assez estimée, laquelle est le fruit d’un labeur, d’un constant investissement en matière de recherche, de réflexion, de rédaction, d’expérience acquise, donnant lieu au suivi d’enquête, à l’éditorial, à la chronique, à la critique culturelle et littéraire.

Chiens de garde

Comment pouvons-nous revendiquer constamment la sauvegarde des valeurs démocratiques et, en même temps, ne pas reconnaître que ce que font les journalistes, nos chiens de garde, est un travail que nous instrumentalisons à notre guise, réduisons à un buffet dont on se gave quotidiennement, sans égard au droit d’auteur, au respect de la source à l’origine de la nouvelle ?

Avant d’exiger du journalisme de qualité, il nous faudrait reconnaître l’importance d’accorder un statut non précaire aux journalistes !

Les revenus publicitaires que vampirisent les GAFA (les géants du web que sont notamment Google, Apple, Facebook et Amazon) ne sont pas la seule cause de l’érosion du pouvoir des journaux, de leur possible disparition ou faillite. Le trop facile et rapide accès aux nouvelles locales, régionales, nationales et internationales, surtout par voie numérique, est en cause, et les lecteurs en sont trop fort aise. Comme lecteurs naviguant allègrement et gratuitement sur le flot intarissable d’information, nous contribuons à amoindrir la force des quotidiens.

Oui, il serait temps que les gouvernements fixent un impôt pour les GAFA et taxent la propriété intellectuelle journalistique qu’ils véhiculent. Il est aussi temps que nous, lecteurs, cessions de croire à la gratuité du travail journalistique. Nous devons faire partie de la solution à mettre en œuvre afin d’assurer la pérennité de nos médias.