D’aucuns croient que leur propre expérience sur les bancs d’école leur donne de facto une certaine compétence pour critiquer le système d’éducation, voire pour y enseigner. J’en étais.

Virginie Dostie-Toupin Virginie Dostie-Toupin
Mère de quatre enfants, auteure et enseignante suppléante non légalement qualifiée

Du moins, jusqu’à ce que, portée par mon sens du devoir, je réponde à l’appel d’une des grandes commissions scolaires de la province qui se tourne désormais vers des personnes non légalement qualifiées pour pallier la pénurie d’enseignants.

Depuis toujours, je constate avec effroi la désaffection et l’indifférence rampante de la société québécoise à l’égard de l’éducation. Au fil des rentrées, en tant que mère, j’ai noté successivement le manque de ressources, la décrépitude de l’environnement bâti, l’apport discutable des commissions scolaires ainsi que les dérives de la réforme.

Toutefois, ces dernières années, c’est l’épuisement chronique des acteurs de premier plan que sont les enseignants qui saute aux yeux.

Cela s’exprime par les innombrables burn-out, la multiplication des retraites hâtives, l’exode des nouveaux enseignants et, plus récemment, l’arrivée de suppléants à répétition ; l’absence criante de stabilité.

Dans les circonstances, plusieurs se sont portés volontaires, emplis de certitudes et d’idéalisme. Lors de la formation de deux jours visant à couvrir les bases de la profession (!), les 25 adultes présents aux horizons aussi divers que bigarrés s’entendaient pourtant sur toute la ligne.

Dans la foulée, nous reprochions aux enseignants de manquer de culture générale. Nous évoquions les abus technologiques en milieu scolaire. Nous critiquions en chœur les programmes universitaires qui forment la relève enseignante en se concentrant à outrance sur la psychopédagogie et la gestion de classe. En outre, nous étions persuadés que nos formations universitaires respectives nous permettraient de transmettre gaiement notre grand bagage de connaissances à de petits esprits curieux.

Nous avions tout faux

Trois mois de suppléance m’auront permis de constater que l’ambiance dans les classes du Québec se révèle souvent loin d’être propice à la transmission de connaissances.

De trop nombreux petits esprits s’avèrent plus suffisants que curieux. La poignée d’élèves qui a soif d’apprendre est lésée. Au bout du compte, on tente de discipliner plus qu’on instruit…

Dans un tel contexte, il n’apparaît pas surprenant que les écrans et les stratégies de gestion de classe efficaces vaillent leur pesant d’or. Pas étonnant non plus que les candidats de qualité aillent voir ailleurs.

De multiples causes ont contribué à cet état de fait. La réforme y a certainement joué un rôle : en mettant pour ainsi dire fin aux objectifs d’apprentissages communs, l’éducation s’est individualisée à outrance. Certes, c’était louable en théorie, mais en pratique, nos yeux de néophytes s’aperçoivent d’emblée que 17 élèves sur 24 avec un plan d’intervention personnalisé, ça frôle le ridicule !

D’autre part, les enfants ne sont pas dupes. Ils savent pertinemment qu’il n’y aura aucune conséquence à leur flagrant manque de motivation. « Est-ce qu’on est obligés de le faire ? » revient en boucle lorsqu’on leur demande d’effectuer une tâche pourtant simplissime. Et cette paresse intellectuelle touche tous les milieux.

Heureusement, il subsiste quelques élèves qui respectent l’institution scolaire et la figure d’autorité enseignante, et ce, en plus de s’investir réellement dans leurs apprentissages.

Nous gagnerions vivement à inculquer ce respect et cette discipline à tous les enfants plutôt que de montrer du doigt les enseignants, persuadés que notre précieuse progéniture demeure irréprochable. Nous devrions également redonner des moyens concrets pour que les enseignants puissent… enseigner !

Offrir des tasses et des cartes-cadeaux impersonnelles aux enseignants ne suffit pas à établir une collaboration efficace pour la réussite de nos enfants.

Pour la rentrée qui arrive à grands pas, faisons collectivement cadeau d’un climat de travail agréable aux enseignants. Parents, grands-parents, voisins et amis, rappelons aux enfants que l’école, c’est leur « travail » et qu’ils doivent le prendre au sérieux.

Bonne rentrée à tous !