Il s’est dit ces derniers jours pas mal de bêtises sur l’interculturalisme. Malgré le travail remarquable de la commission Bouchard-Taylor sur le sujet, il persiste des incompréhensions.

Antoine Dionne Charest Antoine Dionne Charest
Doctorant en philosophie à l’Université de Montréal

Qu’est-ce que l’interculturalisme ? C’est le modèle québécois d’intégration et d’aménagement de la diversité. Il repose sur deux piliers : une culture commune et la diversité culturelle.

La culture commune se définit par une langue, le français, des institutions politiques, notamment l’Assemblée nationale, et une histoire qui remonte à la découverte d’un Nouveau Monde et qui se poursuit jusqu’à la construction d’une société moderne marquée par la diversité culturelle.

La diversité culturelle se définit par l’existence d’une pluralité de communautés culturelles. Cela inclut aussi, dans un statut particulier, les Premières Nations et la communauté anglophone, qui souhaitent faire reconnaître et perpétuer leurs cultures respectives.

L’interculturalisme repose, de plus, sur la reconnaissance de la majorité francophone et des minorités, l’échange entre les communautés et le respect des droits et libertés fondamentaux.

Qu’est-ce qui distingue l’interculturalisme du multiculturalisme canadien ?

Alors que l’interculturalisme essaie de concilier une culture commune et la diversité culturelle, le multiculturalisme ne promeut que la diversité culturelle. Pour une nation minoritaire comme le Québec, qui craint naturellement la marginalisation, le multiculturalisme n’est pas une garantie suffisante pour sa survie.

L’interculturalisme est axé sur l’intégration sociale et économique des immigrants en français, ce qui n’est pas le cas du multiculturalisme. 

Comme seule société francophone en Amérique du Nord, il est raisonnable que le Québec impose certaines conditions en matière de langue.

Quelles sont les implications de l’interculturalisme ?

Socialement, l’interculturalisme encourage les citoyens à régler eux-mêmes les différends culturels en empruntant la « voie citoyenne » : au lieu d’avoir recours aux tribunaux qui, eux, doivent déterminer un gagnant et un perdant, l’interculturalisme insiste sur la responsabilité de chacun.

L’enseignement de l’histoire et de l’éducation civique doit tenir compte d’une culture commune et de la diversité culturelle. Il doit favoriser les échanges interculturels, l’apport de la diversité culturelle au Québec et la lutte contre les discriminations.

Économiquement, l’interculturalisme doit offrir aux immigrants les ressources pour s’intégrer au marché du travail, ce qui passe notamment par l’apprentissage du français.

Politiquement, l’interculturalisme implique que l’État respecte les principes interculturels, surtout la « voie citoyenne », les échanges interculturels et la lutte contre les discriminations. 

L’État doit promouvoir la culture commune et la diversité culturelle.

Pourquoi a-t-on besoin d’une loi sur l’interculturalisme ?

Certains pensent qu’une loi sur l’interculturalisme est inutile, car c’est déjà le modèle québécois d’intégration et d’aménagement de la diversité. C’est, en effet, le modèle que défend le gouvernement du Québec depuis 1971.

Une loi sur l’interculturalisme permettrait, comme ce fut le cas pour le multiculturalisme canadien, d’officialiser le modèle québécois de la nation et du respect de la diversité au sein de celle-ci.

Si le Québec s’était doté d’une loi sur l’interculturalisme, il aurait été beaucoup plus difficile pour le gouvernement caquiste d’adopter des politiques discriminatoires et populistes comme la loi 21 sur la laïcité et la loi 9 sur l’immigration.

D’autres n’aiment pas la référence à la majorité francophone et aux minorités. Or, le gouvernement ne gouverne pas uniquement pour la majorité francophone, pas plus qu’il ne gouverne uniquement pour les minorités. Il va de soi qu’il doit tenir compte de la majorité francophone, qui a des préoccupations légitimes, et des minorités, qui ont aussi des préoccupations légitimes.

Faire le contraire, c’est cultiver la division plutôt que le vivre-ensemble.

Les préoccupations de la majorité et des minorités doivent être traitées ensemble. Elles forment un tout. C’est pourquoi nous avons besoin de politiques qui établissent un équilibre entre la majorité et les minorités. Nous avons besoin d’une culture commune qui affirme sa volonté d’inclure tous les Québécois. C’est le but de l’interculturalisme.