On entend souvent parler des trois R. Toutefois, si l’on vous demande de les nommer, il y a fort à parier que celui qui vous viendra spontanément en tête est « recycler ». Est-ce parce que nous n’avons pas accordé assez d’attention aux deux autres R, « réduire » et « réutiliser » ? Poser la question, c’est y répondre.

Colleen Thorpe Colleen Thorpe
Directrice générale d’Équiterre, et 10 autres signataires* 

En fait, nous sommes même rendus à l’ère des 5 R. Le premier en lice est « refuser », soit de dire non merci aux objets et aux emballages dont nous n’avons pas vraiment besoin, et le dernier est « réparer ».

La réduction à la source comme voie d’avenir

Dans un contexte de crise du recyclage et de pollution plastique omniprésente sur le globe, il nous semble opportun que la réduction et la réutilisation soient mises à l’avant-scène. L’ère des 5 R implique donc un virage vers l’économie circulaire. Ainsi, avant de concevoir un produit, il faut réfléchir à son cycle de vie complet. Il faut également changer nos habitudes de consommation pour réduire notre demande, d’autant plus que nous vivons dans un contexte croissant d’épuisement des ressources naturelles.

Un exemple précis et accessible de réduction à la source est la consigne des contenants à remplissage multiple, comme la bouteille de bière brune qui est lavée et réutilisée jusqu’à 15 fois. 

Selon les analyses du cycle de vie, même en tenant compte du transport nécessaire pour la récupération et le nettoyage des contenants de verre, le bilan reste positif en termes de diminution des émissions de gaz à effet de serre comparativement à la canette consignée.

Enfin, nous gagnerions énormément à prolonger la vie utile des produits d’usage courant comme les appareils électroniques ou les électroménagers. Leur réemploi ou leur réparation éviterait le gaspillage de ressources et les impacts environnementaux négatifs causés par la fabrication inutile de nouveaux produits pour les remplacer. D’autant plus qu’il y a un potentiel local de retombées économiques positives et de création d’emplois dans la récupération, la réparation et le réemploi.

Un nouveau nom pour refléter le mandat de Recyc-Québec

Depuis sa création, Recyc-Québec a pour mandat officiel de « promouvoir, développer et favoriser la réduction, le réemploi, la récupération et le recyclage de contenants, d’emballages, de matières ou de produits ainsi que leur valorisation dans une perspective de conservation des ressources ». Or, au fil des ans, ses activités se sont concentrées presque exclusivement sur la promotion de la récupération et du recyclage auprès des Québécois.

Or, pour véritablement être fidèle à son mandat, Recyc-Québec devrait, selon l’ordre des choses, jouer un rôle clé pour amener les citoyens et les entreprises à réduire à la source le gaspillage. Elle doit également faire la promotion d’un mode de consommation plus réfléchi et centré sur les services, la réparation et la réutilisation maximale des produits. Une enveloppe budgétaire récurrente devrait être attribuée par Recyc-Québec au financement de projets visant la réduction à la source, à notre avis équivalente ou supérieure à celle attribuée aux systèmes de récupération et de recyclage.

La transformation des mentalités est possible autant en incitant les consommateurs à adopter de nouveaux comportements (la croissance du mouvement zéro déchet en est un exemple) qu’en obligeant les fabricants à tenir compte de la réparabilité et de la réutilisation de leurs produits.

Pour enrayer la crise de recyclage et la pollution plastique, il est nécessaire de miser sur la réduction, la réparation et la réutilisation. Recyc-Québec doit le refléter dans ses activités, ses budgets et son image. Pourquoi ne pas en faire un acte symbolique en modifiant son appellation ? Le nom légal de Recyc-Québec, la Société québécoise de récupération et de recyclage, pourrait devenir la Société québécoise de la réduction et du réemploi. Réduc-Québec, qui dit mieux ? Cela enverrait un signal fort et refléterait davantage la vision de la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles axée sur la réduction à la source.

Plusieurs organismes signataires de cette lettre seront entendus lors de la Commission parlementaire sur les enjeux de recyclage et de valorisation locale du verre. Nous porterons un message fort et clair : un changement de paradigme doit se faire et passera par la réduction à la source.

* Signataires : Agnes Beaulieu, directrice générale d’Insertech ; Denis Blaquière, porte-parole de la SAQ consigne ; Amélie Côté, présidente d’Incita Coop-conseil zéro déchet ; Catherine Gauthier, directrice générale d’ENvironnement JEUnesse ; Louise Gratton, présidente de Nature Québec ; Louise Hénault-Ethier, chef des projets scientifiques à la Fondation David Suzuki ; Michel Leclerc, AmiEs de la Terre de Québec ; Agnès Le Rouzic, chargée de campagnes à Océans & Plastique de Greenpeace Canada ; Laure Mabileau, membre fondatrice de l’Association québécoise Zéro Déchet (AQZD) ; et Karel Ménard, directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets