En réponse au texte de Francine Lessard sur les maternelles 4 ans, « Une route sinueuse et empreinte d’hypocrisie », publié mercredi

Yolande Brunelle Yolande Brunelle
Chargée de cours, superviseure de stage au préscolaire, UQAM

Dans son texte paru dans La Presse, Francine Lessard, directrice générale du Conseil québécois des services éducatifs à la petite enfance (CQSEPE), écrivait, et je cite : « Certains ont cru dur comme fer à cette belle promesse, mais jamais le CQSEPE n’a adhéré à cette pensée magique. »

Il est ici question des propos du ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, qui parle des mérites de la complémentarité entre le réseau de l’éducation et celui des services éducatifs à la petite enfance.

En lisant le texte de Mme Lessard, cette dernière confirme que le Conseil québécois des services éducatifs à la petite enfance n’a jamais cru à la complémentarité des services pour les enfants de 4 ans, puisqu’elle dit que « le CQSEPE n’a jamais adhéré à cette pensée magique ».

Doit-on comprendre que la directrice de cet organisme ne croit pas à la collaboration pour trouver des solutions à la complémentarité entre le réseau de l’éducation et celui des services éducatifs à la petite enfance ?

« Une route sinueuse et empreinte d’hypocrisie », écrit-elle dans le titre de son texte. N’est-ce pas plutôt une mauvaise interprétation de sa part ?

Choix des parents

D’où vient l’idée que le gouvernement veuille transférer tous les enfants de 4 ans vers les écoles alors que cela reste un choix pour les parents ? Si, d’une part, un parent décide d’inscrire son enfant de 4 ans à la maternelle plutôt que de le laisser terminer son parcours au CPE, quel est le problème ? Cet enfant a peut-être un frère ou une sœur qui fréquente déjà l’école du quartier.

D’autre part, si un parent privilégie que son enfant de 4 ans reste au CPE, en milieu familial ou en garderie privée, il a le choix de le faire. Cet enfant a peut-être un frère ou une sœur plus jeune qui fréquente le même service de garde. Rappelons que la maternelle offerte aux enfants de 4 ans n’est pas obligatoire.

Les parents restent libres de choisir en tout temps entre les deux services.

Depuis le début de la création des maternelles 4 ans qui ont été implantées d’abord pour les enfants des milieux défavorisés, les services à la petite enfance ne cessent de s’opposer à cette mesure bénéfique pour les enfants qui ne fréquentent pas leurs services. Il est dommage que des dirigeants des services à la petite enfance adoptent une telle attitude d’opposition à l’égard d’un service aussi essentiel que celui de la maternelle 4 ans pour nos tout-petits.

Il faut également souligner que les enfants inscrits à la maternelle 4 ans bénéficient de la loi 101, ce qui permet aux jeunes allophones d’apprendre le français dès l’âge de 4 ans. Les enfants qui fréquentent certains services éducatifs à la petite enfance n’ont pas tous ce privilège.

Choix de formation

Enfin, pourquoi une éducatrice qualifiée du réseau des services éducatifs ne pourrait-elle pas faire ses études universitaires pour pouvoir enseigner à la maternelle 4 ans ? N’est-ce pas là un choix intéressant ? Il y a plusieurs années, j’étais moi-même éducatrice et j’ai choisi de poursuivre mes études universitaires en éducation. D’ailleurs, plusieurs éducatrices possédant un diplôme d’études collégiales (DEC) en petite enfance décident de faire un DEC-BAC pour travailler auprès des enfants de 4 et 5 ans dans les maternelles. Cette mesure existe depuis quelques années déjà.

Or, avec l’annonce de mardi, le ministre de l’Éducation lance un message positif à tous ceux et celles qui souhaitent parfaire leur formation en éducation.

En mettant en place des mesures de soutien, le ministre Roberge permet aux éducatrices diplômées d’intervenir auprès des enfants de 4 et 5 ans en milieu scolaire tout en les soutenant dans la poursuite de leurs études universitaires. C’est le meilleur des deux mondes !

« Déshabiller Jean pour habiller Jacques ? », se questionne Mme Lessard dans son texte. Les craintes de la présidente du CQSEPE quant à la possible rareté de la main-d’œuvre du réseau des services éducatifs à la petite enfance ne sont-elles pas un peu alarmistes ?

Plusieurs éducatrices travaillent dans les services éducatifs sans diplôme collégial, et celles qui possèdent leur diplôme en petite enfance ne feront pas nécessairement le choix d’entreprendre des études universitaires en éducation. Par ailleurs, on ne peut dissuader quelqu’un qui décide de continuer ses études universitaires sous prétexte que le CQSEPE craint une perte de sa main-d’œuvre.

La réalité est tout autre, et les raisons pour lesquelles quelqu’un décide de poursuivre ses études universitaires lui appartiennent. À mon avis, il faut encourager ce choix judicieux, qui n’aura que des effets positifs sur la personne, les enfants et la société québécoise de demain.