Une fois par mois, un camelot de L’Itinéraire se joint à Débats pour se raconter, critiquer, s’insurger. Aujourd’hui, nous vous présentons des tranches de vie d’Yves Grégoire*.

Yves Grégoire
Participant à L’Itinéraire

J’aime écrire pour L’Itinéraire. Je ne sais pas si mes textes vont tous être publiés, mais je le souhaite.

À force d’y penser, je me demande si cela est une bonne chose de me forcer les méninges. Je me souviens du temps de la cocaïne et de la bière, moment où je m’évadais. Il me semble que mon imagination avait plus de sens. On ne s’intoxique pas pour rien.

Je ressentais comme la « vérité ». Sauf qu’une fois revenu sur Terre, cela n’avait plus de sens. Lorsque j’étais gelé comme une balle, je n’arrivais plus à me souvenir de mes raisonnements, de ce qui paraissait si beau la veille. 

Maintenant, j’écris tout ce qui me passe par la tête même si cela semble confus. J’ai de la difficulté à aller au bout de mes pensées.

Je prends de l’Haldol, un antipsychotique, pour mon anxiété. J’ai aussi de la difficulté à me concentrer. Je prends des vitamines pour aider mon cerveau à se rétablir. Cependant, j’ai eu des lésions irréversibles au cerveau. Je ne pourrai jamais récupérer complètement. Je peux soigner mon cerveau pour qu’il fonctionne le mieux possible.

J’ai abîmé mon bien le plus précieux

J’ai combattu la coke, puis la bière. Vu que ce n’était que de la bière, même pas du fort, je croyais que ça ne devait pas être bien grave. Erreur, j’en paye le prix maintenant. J’ai abîmé mon bien le plus précieux : mon cerveau. Je crois que l’alcool a été pire que la coke pour mon cerveau.

Beaucoup de gens qui me connaissent me trouvent intelligent. J’ai discuté de mon passé (même si c’était confus) avec le personnel médical. On m’a dit que j’avais un très gros potentiel, surtout lorsque j’étais jeune. J’étais précoce et dans l’environnement où j’ai grandi, cela m’a nui.

Ma première révolte a été contre l’Église catholique alors que j’étais encore à l’école primaire. Ensuite, cela s’est généralisé pour toutes les religions et les croyances. Cela ne s’est pas fait du jour au lendemain ; j’en suis venu, petit à petit, à être agnostique. Je me suis aussi révolté contre ma famille et contre la société.

Je n’en veux pas à mes parents

J’ai commencé à fumer du pot et à boire de la bière à 14 ans. J’ai même fait partie d’une gang de bums. Nous portions des couleurs (crests). Cela n’a pas duré, mais j’ai continué à consommer. Mes problèmes de dépendance remontent à cette époque et ils sont, d’après moi, dus à mon enfance et à mon adolescence.

Je n’en veux pas à mes parents, car ils ont fait ce qu’ils croyaient être bien pour moi. Cependant, ils se sont gourés sur toute la ligne.

J’ai toujours eu un faible pour les sciences humaines, surtout pour la sociologie. J’ai même commencé un baccalauréat en sociologie à l’Université du Québec à Rimouski. J’étais l’un des meilleurs de ma classe et j’aimais ça. Mais j’ai lâché pour des raisons financières.

Je ne peux rattraper mon passé, je dois aller de l’avant. J’espère qu’avec le temps, j’arriverai à profiter de la vie et à me contenter de mes facultés affaiblies. J’en ai assez de me questionner, d’être dans le doute.

L’ennui est dangereux

J’ai un peu peur de ma nouvelle place au Centre Booth de l’Armée du Salut, je crains de m’ennuyer encore. L’ennui est dangereux pour moi, des thérapeutes me l’ont déjà dit.

Je suis quand même confiant, car je vais mieux qu’à mon arrivée à l’hôpital.

Je suis maintenant au Centre Booth et je suis moins volubile face à l’écriture. Je suis revenu à mes idées du temps passé. Je dois faire certaines recherches sur l’internet. Je viens de m’acheter un cellulaire avec lequel je vais pouvoir faire ces recherches.

Il s’agit que je prenne le temps de maîtriser mon nouveau téléphone cellulaire. Je pitonne plus d’une touche à la fois ; cela m’exaspère au plus haut point.

* Yves, qui a fait partie de l’équipe de stagiaires en journalisme à La Presse en mai dernier, a accédé à un logement subventionné bien à lui grâce à l’intervention de L’Itinéraire, en partenariat avec l’organisme RESAC (Les habitations du réseau de l’Académie). Ce témoignage a été publié dans L’Itinéraire du 1er juin dernier.

L’Itinéraire est une voix unique dans le paysage médiatique québécois. Il donne la parole aux sans-voix, des personnes marginalisées, itinérantes ou à risque de le devenir.