De récents textes parus dans La Presse font réagir des intervenants de différentes sources concernant l’aide médicale à mourir dans les maisons de soins palliatifs au Québec. L’Alliance des maisons de soins palliatifs du Québec tient, avec ce texte, à préciser quelques notions qu’elle considère comme essentielles.

Marie-Julie Tschiember et Alain-Philippe Lemieux
Respectivement présidente et vice-président du conseil d’administration de l’Alliance des maisons de soins palliatifs du Québec*

L’Alliance des maisons de soins palliatifs du Québec compte 31 maisons membres (sur les 34 existantes). Ces 34 maisons actuellement en fonctionnement au Québec sont des organismes à but non lucratif œuvrant grâce à la générosité de leurs nombreux bénévoles ainsi qu’au soutien financier de leurs partenaires et commanditaires. 

La somme actuelle de la subvention annuelle est de 76 507 $ par lit pour chacune d’elles. Dépendamment de leur structure interne qui varie selon leur nombre de lits, le nombre d’années d’existence, la région desservie et la main-d’œuvre disponible, la subvention gouvernementale couvre entre 45 à 70 % de leur coût de fonctionnement annuel. Le manque à gagner doit être trouvé chaque année par de nombreuses campagnes de financement, soirées-bénéfice et autres initiatives de financement tenues à bout de bras par nos comités bénévoles et conseils d’administration.

Après les deux maisons donnant accès à l’aide médicale à mourir (AMM) depuis l’entrée en vigueur de la loi, cinq autres maisons ont ensuite modifié leur position, portant le total à sept maisons sur 34 donnant accès à l’AMM.

Une réflexion de fond

Avant de prendre cette position, les directions de ces sept maisons ont procédé à une réflexion d’abord et avant tout auprès des médecins pratiquant à l’intérieur de leurs murs, et ensuite auprès de leur équipe soignante. Y a-t-il, dans notre maison, des professionnels prêts à pratiquer ce soin chez nous ? C’est ainsi que les conseils d’administration ont pu prendre une décision dans le respect de chacune de nos équipes dévouées et passionnées, profondément humaines et respectueuses de la vie. 

Pour l’ensemble de nos membres, cette même réflexion se poursuit année après année selon les demandes reçues et les histoires de cas vécus par chacune de nos maisons. Une réflexion de fond, en lien avec le respect de tous et qui doit se faire dans un climat serein, sans coercition ni pression.

Précisons aussi que l’AMM n’est pas la dernière étape des « finissants de la vie », comme il a été écrit dans une lettre d’opinion publiée en vos pages, mais bien un soin possible en fin de vie pour ceux qui le décident ainsi.

Car c’est plutôt la mort naturelle qui est la dernière étape habituelle.

À force de généraliser, on peut finir par penser que l’aide médicale à mourir devrait être la norme, ce qui n’est absolument pas le cas. À preuve, le taux de décès par AMM dans les maisons donnant accès à ce soin demeure minime. Ce sont des cas d’exception. Nos maisons de soins palliatifs et de fin de vie offrent toutes un accompagnement et des soins de très grande qualité, dans la dignité et le respect des personnes. C’est bien là toute notre expertise et notre raison d’être.

Pas une question de financement

Ainsi, il est faux de laisser croire à la population que le gouvernement n’a qu’à augmenter notre financement pour que toutes les maisons du Québec donnent accès à l’AMM ou encore de laisser croire que la résistance vient des conseils d’administration souvent pour des raisons religieuses. Il est aussi faux de prétendre que la majorité des professionnels des maisons de soins palliatifs sont en faveur de l’inclusion de l’AMM dans leurs services. Il n’y a eu aucune étude sur cet aspect.

Au-delà de tout cela, c’est surtout une erreur profonde que de laisser croire que ce soin médical puisse devenir un outil de négociation gouvernemental.

La réflexion sur l’AMM repose sur beaucoup plus d’aspects que la religion et n’est en aucun cas liée au financement de nos organismes à but non lucratif.

Seuls le temps, la réflexion menée dans le respect et une vision tournée vers l’avenir en mesurant les impacts des décisions à prendre permettront de trouver la voie raisonnable, applicable selon chacune des particularités de nos régions et de la réalité de nos membres.

Les maisons de soins palliatifs au Québec constituent un acquis précieux et envié dans le monde qu’il ne faut pas dénaturer par divergence d’opinion. La dignité de nos patients, leur sécurité et leur sérénité sont des valeurs développées, partagées et vécues au quotidien dans toutes nos maisons. Le respect du rythme de nos équipes de professionnels est également une valeur essentielle pour nous toutes.

Le financement gouvernemental de nos organismes (qui seront de plus en plus sollicités avec le vieillissement de la population) ne doit pas être pris en considération dans cette réflexion de fond qu’est l’accessibilité à l’aide médicale à mourir dans les maisons de soins palliatifs. Laisser croire autrement, c’est faire fausse route.

* Marie-Julie Tschiember est directrice générale de la Maison René-Verrier de Drummondville ; Alain-Philippe Lemieux est directeur général de la Maison Michel-Sarrazin de Québec.