La récente décision du gouvernement du Québec de mettre un frein au développement en zones inondables est essentielle pour la suite des choses. Plus qu’une simple décision d’aménagement, il s’agit en effet d’un premier pas vers une meilleure intégration et une plus grande résilience de nos milieux de vie face aux bouleversements climatiques.

Sylvain Gariépy Sylvain Gariépy
Président de l’Ordre des urbanistes du Québec

Celui-ci prend d’ailleurs tout son sens dans l’intention claire de nos élus de se donner quelques mois pour réfléchir, de concert avec les acteurs du domaine de l’aménagement, à des solutions durables, en s’appuyant notamment sur les avis des scientifiques et des experts. L’Ordre des urbanistes du Québec (OUQ) ne peut que se réjouir de ce désir de repenser ensemble les tenants et aboutissants de notre occupation du territoire.

Il nous apparaît toutefois crucial de souligner l’importance d’ancrer la réflexion au sujet des inondations dans une perspective plus vaste, et qui dépasse la seule révision du cadre réglementaire établi par la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme (LAU). Il en va de la préservation de nos milieux humides et de nos terres agricoles, mais aussi de notre capacité à bien intégrer nos réseaux de transports collectifs et actifs, et de notre aptitude à protéger nos paysages et notre patrimoine.

Plus encore, il en va de la consolidation de nos milieux de vie et de leur adaptation aux réalités d’aujourd’hui et de demain. Un impératif fondamental dans le contexte d’urgence climatique actuel.

Certes, la révision des lois et des règlements en vigueur est louable et nécessaire. Les élus et les professionnels municipaux le rappellent d’ailleurs fréquemment : le fardeau administratif actuellement en place occupe trop de leur temps et limite leurs interventions sur le terrain. Une première étape serait déjà de tester les outils intégrés à la loi 122 qui accordent une plus grande autonomie aux gouvernements de proximité, telle qu’une politique de participation publique.

Il ne faut cependant pas oublier que si les municipalités doivent être autonomes dans leurs moyens d’action, c’est à l’État que revient le rôle de gardien de l’aménagement durable du territoire québécois dans le but de préserver l’intérêt collectif. Intérêt collectif qui, pour prendre tout son sens, devrait se traduire par l’adoption d’une Politique nationale d’aménagement du territoire — ce que l’OUQ défend depuis plus de 10 ans. Car, encore une fois, il est bon de rappeler qu’une révision de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme ne saurait venir, à elle seule, à bout des incohérences qui jalonnent nos manières de bâtir et de vivre notre territoire.

Qui plus est, cette réflexion devra nécessairement s’arrimer à une remise en question profonde du cadre fiscal municipal qui, pour être efficiente, devra aller bien au-delà d’un simple transfert de point de taxe. Car soyons réalistes, la nouvelle entente fiscale et budgétaire prévue pour cet automne ne suffira pas à adapter la fiscalité municipale aux réalités du XXIe siècle, il faudra donc poursuivre le dialogue au-delà des négociations en cours entre le gouvernement et le milieu municipal. Toutes les réformes en matière d’aménagement doivent désormais se faire en partenariat entre les professionnels, les scientifiques et la société civile. Le territoire est notre patrimoine commun.

Il serait donc dommage de nous arrêter en si bon chemin : agir pour comprendre et prévenir les épisodes d’inondation est, nous le rappelons, essentiel, mais il faut aussi saisir cette occasion pour se doter d’une vision globale de notre territoire, d’engagements communs ambitieux et d’objectifs de planification clairs et mesurables. Il en va de la pertinence, voire de la pérennité des actions qui seront prises dans les prochains mois.