Selon l’ex-première ministre de l’Alberta Rachel Notley, l’adoption de la loi sur la laïcité de la CAQ est un jour sombre pour le pays : « C’est un jour triste pour le Canada quand le racisme devient loi », a-t-elle écrit hier sur Twitter.

Annik Chalifour Annik Chalifour
Chroniqueuse, Toronto 

Mais comment Mme Notley pourrait-elle comprendre les intentions de cette loi ?

A-t-elle déjà vécu au Québec ? Connaît-elle la réalité de vivre en situation minoritaire depuis plus de 400 ans ? A-t-elle déjà craint de perdre son identité culturelle au sein d’un melting pot anglo-saxon ? A-t-elle connu les affres de la religion catholique perpétrées au Québec durant les années 50 ? A-t-elle compris le sens de notre Révolution tranquille des années 70 ?

Encore une fois, on se frappe au mépris des Canadiens anglais à l’égard de l’histoire du Québec et des valeurs qu’il a façonnées et qui incluent, entre autres, la séparation de l’État et de la religion.

Pour comprendre les valeurs des gens, il faut d’abord comprendre leur histoire. C’est en partie pour cette raison que les Canadiens anglais et certains immigrants se heurtent à la nouvelle loi sur la laïcité.

Non-respect de la Charte

Certains invoquent déjà l’inconstitutionnalité de la loi en raison d’un soi-disant non-respect de la Charte canadienne des droits et libertés.

Précisons que le problème ne réside pas dans les signes religieux en soi, mais dans les valeurs qu’ils véhiculent. La piste vers la solution réside dans l’éclaircissement de ces valeurs.

On parle d’une Charte « canadienne » qui se veut le reflet des valeurs culturelles canadiennes, dont, entre autres, l’égalité et l’équité.

Si les personnes portant des signes religieux peuvent démontrer que leurs valeurs religieuses ne vont pas à l’encontre de nos valeurs, alors peut-être qu’on pourrait s’entendre…

Ici, dans le Grand Toronto, où j’habite depuis 23 ans, on constate que nombre de personnes portant des signes religieux –  tout particulièrement les musulmanes voilées (voile intégral) –  vivent confinées, déconnectées de la participation citoyenne. Certaines d’entre elles ne peuvent faire autrement que de mendier dans la rue. Cette façon de vivre ne correspond pas aux valeurs de notre société démocratique occidentale.

Peut-être existe-t-il, au fond de nous-mêmes, une certaine crainte que ce phénomène lié à une immigration galopante mal gérée ne prolifère.

Laïcité de l’État = équité sociale

Pour certains, la loi sur la laïcité paraît discriminatoire, invoquant le fait qu’elle exclut et stigmatise une minorité déjà marginalisée et vulnérable de femmes appartenant à la communauté musulmane.

Tandis que pour d’autres, nos lois méritent d’être revisitées ou même réinventées en fonction des nouvelles réalités sociopolitiques du XXIe siècle, invoquant l’importance de séparer l’État de la religion, dans le but de donner la priorité à nos valeurs démocratiques.

Pourquoi ne peut-on pas s’investir d’un code de conduite sans affiliations religieuses ni autres dans le secteur public, justement dans le but de préserver l’équité sociale ?

La cour devra éventuellement trancher.

Par ailleurs, le droit à la religion devrait-il primer sur le droit à la pleine participation citoyenne ou l’inverse ? Une question de valeur et de saine gestion de l’immigration adaptée aux valeurs qui semblent différer (encore une fois !) entre le Québec et le Canada anglais.