En réponse au dossier de Stéphanie Vallet et de Daphné Cameron sur les pesticides, « Ils nous disaient que ce n’était pas dangereux », publié samedi dernier

Pascal Thériault Pascal Thériault
Vice-président de l’Ordre des agronomes du Québec, l’auteur enseigne à l’Université McGill

Comme universitaire et agronome, je me dois de réagir au reportage de samedi portant sur les agriculteurs touchés par des maladies. Je suis très sensible à leurs problèmes de santé. Je salue l’initiative du gouvernement dans sa volonté de revoir la liste des maladies professionnelles.

J’ai toujours été favorable à la libre expression des scientifiques qui apportent un éclairage sur les enjeux de société. Par ailleurs, je crois qu’il est essentiel que la recherche publique ait les moyens de produire des résultats aussi solides qu’au privé. Une cohabitation est possible et nécessaire. Elle doit se faire à armes égales. L’Ordre des agronomes du Québec (OAQ), mon ordre professionnel, le pense aussi.

Les pesticides font partie de la sphère scientifique, mais nous sommes plongés dans un débat de perceptions hautement émotif.

Il est cependant légitime que le public s’interroge sur l’utilisation des pesticides. Ce sont des produits toxiques, des poisons. Tout comme les médicaments, ils ne sont toutefois pas inutiles. Les pesticides peuvent faire une différence pour protéger des cultures s’ils sont adéquatement utilisés. Les agronomes savent qu’il est généralement possible de cultiver en réduisant les pesticides, même sur de grandes superficies, voire de ne pas en utiliser.

Il faut aussi savoir que l’agriculture biologique utilise certains pesticides, ici comme en Europe. À ce chapitre, pour cultiver biologique, il convient de mettre en œuvre les meilleures pratiques : rotation des cultures, respect des bandes riveraines, utilisation d’engrais verts, techniques de travail ne dégradant pas les sols et l’environnement, etc. Ces pratiques sont-elles toujours suivies ?

Mon quotidien consiste à former la prochaine génération de producteurs agricoles. À travers le cursus, ils apprennent comment appliquer les meilleures pratiques avec un souci de développement durable en s’entourant d’agronomes, de technologues professionnels, d’ingénieurs, de vétérinaires, de comptables. Ils sont bien au fait des changements exigés par la société et y adhèrent totalement.

Il est d’ailleurs dommage que nous ne soulignions jamais leurs bons coups au nom du prochain gros titre médiatique. Les statistiques montrent que les ventes d’atrazine, un pesticide hautement toxique, ont diminué de 40 % depuis la mise en place initiale du règlement, et ce, malgré le fait qu’on ne peut le remplacer par autre chose pour le maïs sucré. Que le sous-ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques n’ait pas pris la peine de le souligner en commission parlementaire est une insulte au secteur agroalimentaire.

Certes, tout n’est pas parfait. Nous avons le droit et le devoir de nous interroger sur le fait que 15 agronomes sur 127 aient justifié et prescrit 50 % des prescriptions d’atrazine, et non pas l’ensemble des pesticides sur la liste réglementée ! Ne les jetons pas en pâture. Laissons l’OAQ faire son travail avant de tirer des jugements hâtifs et dommageables. S’il devait y avoir faute, des mesures seront prises par l’Ordre, qui n’hésitera pas à faire le nécessaire pour protéger le public.

L’indépendance professionnelle est essentielle au fonctionnement de notre système professionnel. Ce dossier constitue LA priorité de l’OAQ. Il a trop longtemps été relégué aux oubliettes.

Toutefois, depuis 2017, plusieurs actions ont été entreprises et sont en cours afin de mettre en œuvre une solution réfléchie renforçant l’indépendance professionnelle des agronomes en industrie.

Si nous retrouvons d’autres professionnels dans une situation semblable comme les vétérinaires, qui posent des diagnostics et vendent les médicaments, les optométristes, qui travaillent en proximité avec les opticiens, et, la semaine dernière, le projet d’élargir les actes des pharmaciens pour prescrire et administrer les vaccins, l’Ordre arrivera résolument à implanter une solution dissipant tout doute.

Il va sans dire que le gouvernement doit remettre à l’ordre du jour la modernisation de la Loi sur les agronomes, mise au rancart plusieurs fois en six ans, afin d’outiller l’Ordre des agronomes du Québec et ses membres pour qu’ils puissent travailler adéquatement.

> Lisez le dossier de Stéphanie Vallet et de Daphné Cameron