Les recherches montrent que les enfants qui dorment bien réussissent mieux à l’école que les autres.

Reut Gruber Reut Gruber
Professeure adjointe au département de psychiatrie de l’Université McGill et directrice du laboratoire de l’attention, du comportement et du sommeil à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas

En effet, un bon sommeil améliore la mémoire et la capacité de concentration, nécessaires à l’apprentissage. Il améliore également le fonctionnement exécutif, ce qui permet de planifier et d’accomplir des tâches difficiles avec plus de précision et de rapidité. Les enfants bien reposés sont moins irritables et impulsifs ; ils arrivent mieux à se contrôler et sont de meilleure humeur. Enfin, ils sont plus actifs physiquement, ce qui améliore leur état de santé général.

Pourtant, les problèmes de sommeil sont fréquents chez les enfants, mais nous avons souvent tendance à les minimiser, à les ignorer ou à les traiter de façon inadéquate. Cela doit changer.

Qu’est-ce qui trouble le sommeil d’un si grand nombre d’enfants au Canada ?

Dans un numéro spécial du Sleep Medicine Journal, la revue officielle de la World Association of Sleep Medicine, consacré au sommeil des enfants au Canada, les chercheurs documentent les liens observés, chez les enfants et les adolescents canadiens, entre sommeil, productivité et santé mentale et physique.

Quand les enfants ne dorment pas assez, que leur arrive-t-il ?

Les élèves qui manquent de sommeil s’absentent fréquemment de l’école ; ils essaient de rattraper le sommeil perdu ou sont simplement trop fatigués pour s’y rendre.

Lorsqu’ils y vont, ils ont de la difficulté à se concentrer, à mémoriser les consignes de l’enseignant et à les suivre, si bien que leur rendement s’en ressent. Ils sont irritables et ont du mal à maîtriser leurs émotions, ce qui fait augmenter les taux d’anxiété et de dépression.

De plus, on observe un rapport entre un sommeil insuffisant ou de piètre qualité et les taux de suicide et de consommation de drogues.

En ce qui touche la santé physique, les enfants fatigués peuvent éprouver des difficultés à pratiquer des sports. Ils bougent moins – et moins ils bougent, pire est leur sommeil. Fait peu surprenant, les données confirment l’existence d’un lien entre la privation de sommeil et l’obésité chez les enfants et les adolescents.

Lorsqu’un enfant ne dort pas, il arrive souvent que ses parents dorment mal eux aussi ; leur couple, leur vie professionnelle et leur qualité de vie peuvent en souffrir.

Il y a toutefois de bonnes nouvelles. Il est possible de recouvrer un bon sommeil, et de manière durable.

Les solutions n’ont rien de très complexe. Elles reposent sur trois mesures : enseigner les rudiments du sommeil dans les écoles ; promouvoir les bonnes habitudes de sommeil dans les campagnes de santé publique ; et intégrer cette dimension dans le cadre des soins dispensés aux enfants et aux familles par les services sociaux et de santé.

À l’échelle du pays, peu de gens ont accès à des services diagnostiques et à des soins en temps opportun. Le traitement des troubles du sommeil, fondé sur des données probantes, est efficace. Il comprend des mesures comme la thérapie cognitivo-comportementale et les méthodes de réconfort ou encore des interventions médicales telles que la pression positive expiratoire, l’usage d’un appareil buccal ou l’adéno-amygdalectomie. Il nous faut donc accorder des ressources adéquates au diagnostic des problèmes de sommeil et à leur traitement par les experts.

Il faut également soutenir des programmes d’éducation et de promotion des bonnes habitudes de sommeil dans les écoles. Les recherches menées au Québec démontrent qu’ils pourraient s’avérer un moyen utile d’améliorer le rendement scolaire et le bien-être des jeunes.

Tout indique que le fait de retarder le début des classes, même de 10 minutes, a un effet positif sur le sommeil et l’activité physique chez les adolescents.

Les prestataires de soins devraient recevoir une formation particulière sur le sommeil des enfants. Peu de cours sur le sujet leur sont offerts à l’heure actuelle, voire aucun.

Aggraver la situation

Fait inquiétant, 89 % des pédiatres et des médecins de famille sondés disent avoir prescrit des sédatifs pour traiter l’insomnie chez les jeunes. Pourtant, l’usage de ces produits n’est pas approuvé la plupart du temps dans ce contexte et leur efficacité diminue avec le temps. Par ailleurs, une étude récente révèle qu’environ un tiers des professionnels de la santé rapportent avoir donné dans le cas de troubles du sommeil de nature comportementale des conseils qui risquent en fait d’aggraver la situation.

Le dépistage des troubles du sommeil pendant la transition vers l’école ou les premières années de scolarisation peut s’effectuer à l’aide de questionnaires auprès des parents qui sont faciles à administrer. On pourrait s’en servir pour identifier les enfants qui pourraient connaître un problème de santé mentale ou de rendement scolaire. De la même façon, ce genre de sondage peut servir à déceler le risque de comportement autodestructeur chez les adolescents.

Ces solutions applicables sur le terrain sont absolument essentielles. Mais il faudra aussi inciter les décideurs politiques à tous les échelons à adopter des mesures pour que les enfants et les familles puissent accéder à des laboratoires, à des médecins et à des spécialistes du sommeil au moment où ils en ont besoin.

Enfin, il nous faut œuvrer ensemble à sensibiliser la population aux vertus du sommeil pour le bien de nos enfants et nos jeunes.

* L’auteure est également directrice du laboratoire de l’attention, du comportement et du sommeil à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas.