Des enfants qui travaillent dans des mines : c’est ignominieux et triste !

Marie-Claude Rémy Marie-Claude Rémy
Enseignante de mathématiques au Collège Jean de la Mennais depuis 27 ans

Des femmes qui cultivent et entretiennent des roses dans des serres où l’air est vicié par des produits toxiques : c’est condamnable et triste !

Des hommes qui s’enfoncent sous terre pour extraire du charbon ou d’autres éléments au détriment de leur sécurité et de leur santé : c’est inqualifiable et triste !

Des enseignants gâtés, choyés, ayant des conditions de travail excellentes et enviables qui font la grève : c’est honteux, scandaleux et triste !

Oui, j’ai honte ! Oui, je suis triste ! Et à la lecture des prochaines lignes, vous aurez raison de trouver ça scandaleux que certains enseignants en veuillent encore et toujours plus.

Les conditions de travail que je m’apprête à vous décrire ne sont pas celles des enseignants qu’on voit dans les médias parce que leurs bureaux sont dans des garde-robes, ou qui sont épuisés étant donné qu’ils n’ont pas le soutien nécessaire pour aider les nombreux enfants à besoins particuliers ou en difficulté qu’ils ont dans leurs classes.

Ces enseignants ont toute mon admiration et c’est justement là où j’ai honte. Ma réalité est tout autre !

Ma réalité ? Ma tâche d’enseignante est de 30 heures. Attention ! Pas de 30 heures par semaine, non ! Elle est de 30 heures par 8 jours ! Sur ces 30 heures, je ne donne que 26 heures de cours. Les quatre autres heures ? De la surveillance, de la récupération ou des activités avec les élèves.

Bien sûr qu’au-delà de ces 3,75 heures par jour de présence avec les élèves, je dois aussi faire de la planification de cours, de la correction, de la communication aux parents, etc. Mais, justement, le gouvernement considère et reconnaît que les enseignants font 40 heures par semaine à cause de ces à-côtés qui viennent avec la profession d’enseignant. Mais la vérité, c’est que 4,25 heures par jour pour ces à-côtés, c’est très généreux.

Je ne travaille que 200 jours par année. Je ne travaille pas les fins de semaine, j’ai deux semaines de congé dans le temps des Fêtes, une semaine de relâche en mars et huit semaines de vacances l’été… Et avec ça ? Un salaire de 80 000 $, un régime de retraite et de bonnes assurances.

Ah oui, j’ai aussi un environnement de rêve ! Oui ! À mon école, il y a une piscine, trois gymnases, deux bibliothèques, deux terrains de soccer extérieurs, un terrain de beach-volley ! À mon école, il y a deux animateurs, trois appariteurs, un service de photocopies 24 heures, trois intervenants de première ligne, quatre personnes au soutien informatique !

Aussi, chaque enseignant a son propre portable, son tableau blanc avec projecteur, son espace de bureau, son classeur. Les enseignants peuvent entrer dans l’école quand bon leur semble, ils ont les clés !

Oui, oui, je vous entends crier : c’est certain que c’est une école privée ! En effet, c’est une école privée ! Mais là n’est pas mon propos ! Mon propos, c’est mon indignation ! Indignation face à la décision du syndicat de mon école de déclencher une grève pour revendiquer de meilleures conditions de travail ! Vous avez bien lu : la grève ! Et ce, en pleine semaine d’importants examens de fin d’année ! C’est honteux ! 

Mandat de grève

Certains de mes collègues me diront (ils l’ont dit d’ailleurs) que le mandat de grève a été voté à 71 % et que je n’ai donc pas raison de m’en indigner. En juin 2014, Bachar al-Assad a été réélu avec 88,7 % des voix… est-ce pour autant une bonne affaire ? Oh ! Devrais-je faire attention de ne pas faire de comparaison de ce genre ? 

Devrais-je me taire devant un syndicat qui m’annonce que si je refuse d’aller faire du piquetage, je ne pourrai pas bénéficier de la somme accumulée dans les coffres du syndicat à même les 1600 $ de cotisation que je paye par année ? 

Devrais-je ne pas dire haut et fort que certains de mes collègues croulent sous la pression que les militants du syndicat leur mettent sur le dos et craignent les représailles ! Que certains voudraient se sortir de ce syndicat, mais que les statuts de la CSN rendent pratiquement impossible la désaffiliation ? 

Gérard Bouchard, dans La Presse du 31 mai dernier, parlait de populisme : « Une des dimensions du populisme consiste à exploiter sans scrupule les mécontentements et les peurs existant dans une population afin de l’amener à partager des représentations déformées de la réalité et à appuyer des politiques radicales de droite, faussement présentées comme des solutions. » Je croyais qu’il parlait des façons de faire du syndicat de mon école qui, deux jours plus tôt, avait voté pour la grève.

Je suis indignée ! J’ai honte ! Et je suis triste que les élèves subissent les contrecoups de cette situation.

Il y a pénurie d’enseignants au Québec ! Certains de mes collègues devraient peut-être chercher ailleurs s’ils sont malheureux au point de faire la grève… Je suis certaine que d’autres enseignants se bousculeraient aux portes de mon école pour les remplacer !