On entend dire qu’il y a de l’eau dans le gaz dans la réforme du mode de scrutin.

Serge Cadieux Serge Cadieux
Secrétaire général de la FTQ

Le gouvernement de la CAQ hésite sur la marche à suivre. On parle de tenir un référendum en même temps que les prochaines élections qui, par conséquent, se feraient selon le mode de scrutin actuel. Selon la rumeur, des députés du caucus de la CAQ et d’autres partis ne voient pas d’un bon œil une réforme qui réduirait leurs chances d’être réélus.

Rappelons-nous que la réforme du mode de scrutin est discutée depuis plus de 50 ans au Québec ! Tous les partis actuellement à l’Assemblée nationale ont déjà promis de la faire à un moment ou à un autre.

Des sondages montrent que la majorité de la population est favorable à un changement qui permettrait une meilleure représentation des différents courants politiques du Québec. Et, surtout, un mode de scrutin où chaque vote compte vraiment.

Or, nous vivons actuellement un nouveau chapitre de ce long mouvement historique. Une chance unique s’est présentée l’an dernier, lorsque les trois partis de l’opposition (PQ, CAQ, QS) ont signé une entente qui les engageait, solennellement, en cas de victoire électorale de l’un ou l’autre des trois, à changer le mode de scrutin uninominal à un tour actuellement en vigueur pour un scrutin proportionnel.

Aujourd’hui, les députés de ces trois partis composent plus de 70 % de l’Assemblée nationale. Ils détiennent, ensemble, une légitimité suffisante pour procéder à une réforme fondamentale et bénéfique pour notre démocratie.

Le contrat de la CAQ

Cette entente historique ne peut pas être mise de côté en raison d’une saute d’humeur au sein du nouveau caucus de la CAQ. Les craintes des députés sont légitimes, mais en prenant parti pour la CAQ, ils ont également accepté ce contrat signé par leur chef. Si leur soudaine hésitation devait torpiller le processus qui est enclenché, que vaudrait la signature du premier ministre François Legault au bas de cet engagement solennel ?

On peut citer mille bonnes raisons de faire cette réforme, mais le lien de confiance entre les électeurs et l’Assemblée nationale en est le cœur.

Car, dans notre système électoral, que vaut le vote d’une personne qui n’a pas voté pour son député  ? Pas grand-chose… notre mode de scrutin ne donne pas la même valeur à tous les votes.

C’est pourquoi, messieurs et mesdames les députés de la CAQ, je fais appel à votre sens de l’honneur : tenez parole ! Et prouvez par ce geste qu’on peut faire confiance aux élus qui, par-delà leurs intérêts partisans, ont tous et toutes à cœur notre démocratie.

Pas de référendum

Des experts sont d’avis que la meilleure façon de tuer cette réforme, qui est de niveau technique, serait de placer la question dans un référendum. Nous sommes d’accord. Un référendum sur une question technique, tenu en même temps que des élections générales, a de très fortes chances de se transformer en un plébiscite sur le gouvernement. Ce n’est pas souhaitable.

Si, pour obtenir un compromis, il fallait intégrer dans le processus un grand moment de vérité avec les urnes, on devrait, comme le proposait Julien Verville dans ces pages au début mai, opter pour un référendum de validation après au moins deux élections générales avec le nouveau mode de scrutin.