Leurs voix chantent sur la musique des Mozart, Mahler, Bach, Orff, Fauré, Verdi et autres grands compositeurs classiques et contemporains, comme sur les airs populaires des Vigneault, Leclerc, Ferland, Cohen, Rivard et Charlebois. Ils ont accompagné les contes de Fred Pellerin autant que la magnifique voix de Luciano Pavarotti et, plus près de nous, des sopranos Natalie Choquette, Marie-Josée Lord et Aline Kutan. Les nombreux concerts et moments historiques auxquels ils ont participé en compagnie des plus grands orchestres et des plus belles chorales, ici et à travers le monde, ne se comptent plus.

Andrew Gray
Directeur musical et artistique des Petits Chanteurs du Mont-Royal et 37 autres signataires*

Depuis plus de 60 ans, les voix des Petits Chanteurs du Mont-Royal nous ont fait vibrer, éveillant notre fierté pour cet ensemble de haut niveau dont la réputation n’est plus à faire, tant chez nous qu’à l’international. Alors que nous devrions préserver ce joyau de notre patrimoine culturel et musical, nous sommes inquiets, en tant que porteurs de notre identité culturelle, de constater que ces magnifiques voix pourraient s’éteindre en raison d’une récente décision de la Commission scolaire de Montréal qui met fin à une entente la liant depuis plusieurs décennies aux Petits Chanteurs du Mont-Royal, risquant ainsi de compromettre l’avenir de cette remarquable institution.

Un écosystème en équilibre précaire

Par leur spécificité culturelle et linguistique, plusieurs institutions québécoises évoluent dans un écosystème où elles doivent faire preuve d’ingéniosité et de créativité pour attirer les meilleurs et les inciter à demeurer chez nous. Les milieux de l’éducation et de la recherche regorgent d’exemples en ce sens et le monde culturel n’y fait pas exception.

Dans cette perspective, la grande région de Montréal a réussi à se tailler une place parmi les grands. Elle compte ainsi quatre universités offrant des programmes de musique ainsi que des institutions culturelles et musicales, dont plusieurs suscitent l’admiration à travers le monde.

Il n’en demeure pas moins que l’enseignement musical reste précaire au Québec et il faut à tout prix éviter de le fragiliser encore plus.

Les Petits Chanteurs du Mont-Royal comptent parmi ces quelques institutions de prestige qui ont su atteindre un niveau d’excellence hors du commun. En plus d’offrir un excellent encadrement à des jeunes garçons de toutes classes sociales, croyances, cultures et origines, cet organisme a formé, avec des moyens modestes, des milliers de voix masculines dont plusieurs nous ont fièrement représentés, de génération en génération, ici et au-delà des frontières du Québec. Plutôt que de rendre la vie difficile à ceux et celles qui tiennent à bout de bras ce projet éducatif remarquable, nous devrions au contraire faire tout en notre pouvoir pour les soutenir afin d’assurer la pérennité de ce chœur et en faire un exemple à suivre.

La transmission d’un art comme la musique exige de la discipline et de la rigueur ainsi qu’une expertise qui prend des années à bâtir. Peu de chorales, francophones de surcroît, peuvent se targuer de posséder la réputation d’excellence des Petits Chanteurs du Mont-Royal, dignes ambassadeurs de la vie culturelle québécoise. S’ils devaient disparaître du jour au lendemain, par quoi les remplacerions-nous au juste ?

Loin de nous opposer à l’idée de la présidente de la Commission scolaire de Montréal de créer un programme chant-études dans ses écoles, initiative que nous applaudissons puisqu’elle permettrait de développer et de perpétuer une culture musicale chez un plus grand nombre de jeunes Québécois, nous ne croyons pas qu’il faille désavantager l’un au profit de l’autre. Dans une société démocratique comme la nôtre où nous voulons donner la chance à tous les talents de s’épanouir, nous croyons au contraire que nous devrions nous inspirer du parcours exemplaire des Petits Chanteurs du Mont-Royal et suivre la voie qu’ils ont ouverte à force d’efforts, de travail assidu et de dévouement. Nous en sortirons ainsi tous grandis.

* Signataires : Émile Proulx-Cloutier, acteur, réalisateur, scénariste, monteur et compositeur ; Kent Nagano, Orchestre symphonique de Montréal ; Yannick Nézet-Séguin, Orchestre métropolitain de Montréal ; Gregory Charles, pianiste, danseur, chanteur, chef de chœur, animateur de télévision, animateur de radio, comédien, musicien et auteur-compositeur-interprète ; Ariane Moffatt, chanteuse et auteure-compositrice-interprète ; Serge Denoncourt, acteur et metteur en scène ; Jean-Marc Vallée, réalisateur-monteur et scénariste ; François Girard, cinéaste ; Guylaine Tremblay, comédienne ; Marc Labrèche, humoriste, acteur et animateur de télévision ; Raffi Arménian, chef d’orchestre ; Walter Boudreau, Société de musique contemporaine du Québec ; Jacques Boucher, organiste, concertiste, communicateur, auteur, réalisateur, gestionnaire culture et directeur artistique ; Boris Brott, Orchestre de chambre McGill ; Michel Brousseau, Orchestre philharmonique du Nouveau Monde / Société Philharmonique du Nouveau Monde ; Ivan Cavallari, Grands Ballets canadiens ; Charles Decroix, Alliance chorale du Québec ; Louise-Marie Desbiens, Pueri Cantores Canada ; Angèle Dubeau, La Piéta ; Iwan Edwards, chef d’orchestre ; Jean-Guy Gingras, Jeunesses musicales du Canada ; Agnes Grossmann, chef d’orchestre et de chœur, et pianiste ; Alexis Hauser, Orchestre de l’Université McGill ; Véronique Lacroix, Ensemble Contemporain de Montréal ; Louis Lavigueur, Ensemble Sinfonia de Montréal + Orchestre symphonique des jeunes de Montréal ; Mathieu Lussier, bassoniste, chef associé des Violons du Roy ; Gilbert Patenaude, Les Chantres musiciens ; Laurent Patenaude, Les Violons du Roy ; Jean-François Rivest, Orchestre de l’Université de Montréal ; Alexandra Scheibler, fondatrice et directrice artistique du Festival Bach Montréal ; Bernard Gariépy Strobl, ingénieur du son et mixeur ; Daniel Taylor, contreténor, chef d’orchestre et metteur en scène ; Alain Trudel, chef d’orchestre, tromboniste et compositeur ; Lorraine Vaillancourt, Nouvel Ensemble moderne ; Dr Jean-Sébastien Vallée, directeur des études en chant choral, Université McGill ; Karen Young, chanteuse, parolière, compositrice et arrangeuse ; Jean-Marie Zeitouni, I Musici de Montréal