Pour marquer son 25e anniversaire, La rue des Femmes, qui accueille et soigne des femmes en état d’itinérance ou à risque de le devenir, a commandé un sondage1 auprès de la population du Grand Montréal. L’objectif ? Connaître les perceptions et la compréhension de l’itinérance des femmes.

Léonie Couture Léonie Couture
Fondatrice et directrice générale de La rue des Femmes

La violence avant la température

Si 16 % des gens pensent encore que la température est la plus grande menace à laquelle sont confrontées les femmes itinérantes, près de 60 % reconnaissent, aujourd’hui, que la violence est la plus grande menace. En fait, la violence cause l’itinérance, maintient les femmes en état d’itinérance, bloque leur retour à la vie normale.

La violence qui cause l’itinérance

Survivantes de traumatismes graves, ces femmes sont dans un état de stress post-traumatique chronique. Comme nous l’ont appris nos 25 ans de vie quotidienne avec elles, toutes ont subi des violences innommables, souvent dès l’enfance. Ces violences laissent, aux survivantes, de graves blessures relationnelles qui entravent leur capacité d’être en sécurité et en lien avec soi-même et avec les autres.

La violence qui se poursuit dans la rue

L’état de stress post-traumatique chronique conduit, faute de soins, à la rue. À la merci des éléments. À la merci, surtout, des prédateurs qui battent, violent, exploitent des femmes. Alors, elles se cachent ou bien elles marchent toute la nuit, jusqu’au lever du jour, où elles tenteront de trouver un refuge pour dormir, manger et être soignées en sécurité.

Et pour anesthésier tant de souffrances, il y a l’alcool et la drogue qui détruisent le corps et l’âme, qui mènent à la prostitution ou à d’autres moyens misérables pour payer le fournisseur. Survivre dans la rue, c’est vivre toutes les violences qui blessent, et blessent encore.

La violence des portes fermées

L’état de stress post-traumatique chronique peut se manifester par des comportements de détresse et de désespoir : cris, invectives, gestes menaçants, voire violents. Symptômes de la gravité des blessures, ces comportements sont des appels à l’aide, qui expriment le refus de mourir et la volonté de vivre. Pourtant, les portes se ferment ! Celles des refuges, des hôpitaux, des institutions. De ce fait, les soins de santé et la sécurité ne sont plus accessibles. Cette violence prive les survivantes de leurs droits fondamentaux à la santé et à la sécurité si nécessaires pour vivre !

La sécurité et les soins pour sortir de la violence… et de l’itinérance

Guérir l’itinérance passe obligatoirement par la reconnaissance des blessures relationnelles causées par la violence. Passe obligatoirement par l’accès à la sécurité et aux soins. C’est ce qui permettra aux survivantes de se libérer de l’état de stress post-traumatique, de guérir, et de retrouver une vie normale. Parce que reconnaître et soigner les blessures relationnelles, c’est aussi le début de la prévention de la violence.

1. Sondage réalisé par la firme Ad hoc recherche.