« Télé-Métropole déprime : Quatre Saisons est en train de chambarder la télé. »

Adrien Pouliot Adrien Pouliot
L’auteur a été un dirigeant de CFCF, la compagnie-mère de TQS, de 1984 à 1997

Voilà le titre de la chronique télé de La Presse du 7 novembre 1987 à la sortie des sondages d’automne. TQS venait de rafler 11 % des parts de marché, doublant son score de 1986, surtout au détriment du « canal 10 ». 

L’émission Surprise sur prise occupait la première place du palmarès. Caméra 87 était l’émission d’affaires publiques la plus regardée à Montréal. Action réaction et Le grand journal avaient contribué à faire fondre les cotes d’écoute des bulletins de nouvelles de Télé-Métropole et de Radio-Canada.

Quel bouleversement ! Depuis 1961, Télé-Métropole et Radio-Canada se livraient une petite guerre sans histoire. 

Mais au début des années 80, la télévision francophone était en perte de vitesse, à tel point que la station anglophone CFCF-12 comptait désormais une moitié de francophones bilingues parmi son auditoire.

Malgré (ou à cause de) cette pauvreté dans la programmation, Télé-Métropole était devenue l’entreprise de télédiffusion la plus rentable au Canada, et ce, même si les tarifs publicitaires de la station étaient parmi les plus bas au pays.

Le CRTC décida donc qu’il était temps de brasser le paysage audiovisuel et que le marché québécois méritait un deuxième réseau de télévision privée.

La société mère de TQS avait les poches profondes et après qu’elle y eut investi près de 75 millions, TQS a réussi à atteindre la rentabilité opérationnelle en 1992 tout en accroissant cette année-là sa part de marché globale à 14,4 %, et même à 19 % dans son marché cible.

Avec le recul, il est clair que la concurrence de TQS a eu des effets bénéfiques importants sur le système de radiodiffusion québécois.

Elle a forcé Télé-Métropole à dépoussiérer ses façons de faire, souvent en copiant les concepts innovateurs de TQS, comme le début du bulletin de nouvelles à 17 h avec son accent sur la nouvelle locale, ou simplement en « volant » ses émissions (comme elle l’a fait avec Rock et Belles Oreilles) ou ses animateurs.

Même Radio-Canada est sortie de sa léthargie et est passée à l’attaque (rappelons-nous Lance et compte et Des dames de cœur). TQS a par ailleurs créé de toutes pièces un nouveau marché pour les producteurs indépendants et a lancé la carrière de plusieurs des vedettes qu’on retrouve aujourd’hui au petit écran québécois.

L’annonce de l’achat de TQS (maintenant appelée V) par Bell Média est donc une excellente nouvelle. Cette transaction donnera à V un second souffle grâce aux poches profondes de son nouveau propriétaire.

Malgré ce qu’en pense Pierre Karl Péladeau, l’arrivée de Bell ne restreindra pas la concurrence ; elle assurera au contraire le maintien de la concurrence et forcera TVA et Radio-Canada à exceller et à innover pour offrir des produits télévisuels attrayants, tout en permettant une offre commerciale plus diversifiée pour contrer les Google et les Facebook de ce monde.

Il faut dire un « oui » enthousiaste à cette transaction.