Certains intellectuels, tel l’idéologue américain bien connu Francis Fukuyama, ont vu dans la démocratie l’accomplissement heureux de l’histoire politique de l’humanité. À la suite de l’expérience traumatisante des régimes totalitaires des pays de l’Est, écrivait-il, la démocratie apparaît comme la panacée définitive aux excès du passé.

Pierre Desjardins Pierre Desjardins
Philosophe, Montréal

Mais Fukuyama et bien d’autres ont fait preuve de beaucoup de naïveté. Car, on l’observe malheureusement aujourd’hui, même dans la démocratie la mieux organisée, un danger terrible se fait présent : la promesse d’égalité !

À première vue louable, cette promesse torpille cependant la base même de l’esprit démocratique. Il faut comprendre qu’en prônant la liberté d’agir et le pouvoir de se gouverner par soi-même, la démocratie récuse nécessairement en soi-même toute forme d’égalité sociale.

De nature libérale, la démocratie favorise plutôt le développement d’une société où l’enrichissement de chacun est encouragé au point où il est acceptable que celui-ci se fasse par l’appauvrissement des autres. La compétitivité est au cœur du développement de la démocratie actuellement en place un peu partout dans le monde.

Dans cette démocratie, il y a formulation d’égalité au niveau des droits, certes, mais, dans les faits, l’exercice de ces droits relève du pouvoir économique de chacun.

Aussi soyons clairs, il n’y a dans la démocratie libérale aucune formulation d’égalité sociale.

Pierre Desjardins

Dans ce contexte, il serait donc largement abusif de parler d’égalité sociale ou de justice pour tous. Pourtant, c’est ce que le président actuel des États-Unis, Donald Trump, prône à haute voix auprès de ses foules partisanes.

Faisant rêver le petit peuple tout en sanctionnant d’autre part l’enrichissement parfois éhonté de ses pairs, il utilise frauduleusement la démocratie comme outil de pouvoir auprès des classes populaires. On se retrouve alors avec une large démocratie de masse en proie au totalitarisme le plus éculé.

À la suite notamment de sa logorrhée médiatique genre Twitter, un verbiage fait d’idées et d’opinions simplistes, les récriminations du petit peuple américain semblent alors pour une première fois prendre les devants de la scène aux États-Unis. Mais ce n’est là qu’apparences au service d’un pouvoir présidentiel fourbe.

Remarquons d’abord qu’il n’est même plus besoin de censure pour faire disparaître les opinions divergentes. Celles-ci se voient plutôt automatiquement absorbées par le flot médiatique populiste que Trump a habilement mis de l’avant.

Non pas qu’on empêche le citoyen récalcitrant de penser ou de s’exprimer. Au contraire, tout citoyen peut se permettre de parler librement. Plusieurs tribunes lui sont accessibles à cet effet. Mais aucune autre parole que celle de cette majorité revampée par cette promesse d’égalité sociale n’aura quelque chance d’aboutir que ce soit.

Envers et contre tous, mais surtout, contre lui-même, même le candidat arborant les idées les plus progressistes finira alors malgré lui par se montrer solidaire à cette mise en scène présidentielle. Car aux États-Unis, par respect et loyauté envers tout pouvoir démocratiquement élu, nul ne saurait refuser de se fondre dans la volonté populaire et cela, même si celle-ci a été préalablement trafiquée par un président spécialiste de reality shows.

C’est notamment ce qui explique l’hésitation à critiquer le président que l’on retrouve aujourd’hui aussi bien chez les républicains que du côté de certains démocrates.

Abusant de son irréductible attrait auprès des foules, ce faux idéal d’égalité sociale proposé au peuple par Trump semble aujourd’hui lui assurer un pouvoir total et infini.

Pierre Desjardins

Cependant, comme dans tout totalitarisme, une trop grande ambition politique peut venir créer une brèche en celui-ci et éventuellement le briser complètement. L’histoire nous l’a tristement montré, c’est le plus souvent par une folle aventure guerrière que se termine brutalement ce genre de règne.

Or aux États-Unis, c’est présentement ce qui est le plus à craindre : à la suite de l’arrogance sans limites de Donald Trump, une déclaration de guerre aux allures de fin du monde de sa part est à prévoir à court ou à moyen terme.

Il est toutefois malheureux de penser que des milliers de vies humaines seront probablement sacrifiées pour que le monde se départe du marasme politique engendré par sa sinistre dérive idéologique.

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