Cette semaine, Donald Trump a démenti le racisme de ses tweets racistes. Les sondages montrent que sa base républicaine et la droite chrétienne continuent de l’appuyer. Mais quel est le rapport entre christianisme et racisme ?

Sébastien Doane Sébastien Doane
Professeur en études bibliques, Université Laval

Comme pour d’autres sujets, la Bible ne transmet pas qu’un seul point de vue sur la question. On y retrouve des textes racistes comme des textes qui résistent à la xénophobie. Voici deux exemples du Nouveau Testament pour réfléchir au lien entre christianisme et racisme.

Racisme biblique

La première lettre à Tite traite de l’organisation de l’Église et du juste comportement à adopter au sein de l’Empire romain. Cette lettre tente de construire une identité chrétienne « civilisée » en distinguant les chrétiens des Juifs et des Crétois en utilisant des stéréotypes véhiculés dans la culture impériale romaine. Elle s’attaque à deux groupes, Juifs et Crétois, en les dénigrant. Les Juifs sont traités « de rebelles » faisant de « vains discours trompeurs » qui « bouleversent les familles pour des gains malhonnêtes ». La solution : « il faut leur fermer la bouche ».

PHOTO WSET-TV / ASSOCIATED PRESS

« Aimez les États-Unis ou quittez-les », peut-on lire devant une église baptiste de Virginie ces jours-ci.

Les paroles contre les Crétois sont encore pires : « toujours menteurs, mauvaises bêtes, paresseux qui ne pensent qu’à manger ». On croirait que Trump a écrit certains versets : « Ils sont abominables, rebelles, pour les bonnes choses, ils sont disqualifiés. » (1Tite 1,16) L’auteur de cette lettre, comme Donald Trump, ne pensait pas qu’il était raciste… et pourtant il l’était puisqu’il transmet une hostilité envers d’autres groupes sociaux.

L’unité biblique

À l’inverse, Paul, dans sa lettre aux Galates, propose un idéal très différent. Alors qu’il décrit les conséquences de la foi au Christ ressuscité, il annonce la fin de toutes les frontières sociales : « Il n’y a plus ni Juif, ni Grec, ni esclave, ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme. » (Ga 3,28) Pourtant, cette lettre est écrite lors d’une crise marquée par de vives tensions entre chrétiens juifs et non juifs.

Au lieu de verser dans un discours haineux, Paul jette les bases de l’utopie chrétienne d’unité dans la diversité qui a contribué à la propagation du christianisme dans des cultures et sociétés très diversifiées.

Quand Trump et les chrétiens américains ouvrent leur Bible, ils trouvent à la fois des textes racistes et des textes qui s’opposent à toute forme de discrimination. Mais, est-ce que ces textes ont la même valeur ? L’interprétation biblique ne se fait pas n’importe comment. Il y a des critères qui permettent de juger de la valeur de celle-ci. Les conséquences éthiques de l’interprétation doivent être prises en compte. Une lecture qui appelle à l’amour du prochain et une autre qui mène à l’éradication des étrangers n'ont pas la même valeur.

Si le christianisme a été un terreau pour l’antisémitisme et pour le génocide culturel des Premières Nations, il a aussi produit de grands défenseurs des droits civiques comme Martin Luther King. Ce pasteur rêvait que ses enfants soient jugées non pas sur la couleur de leur peau, mais sur leur caractère. Il place en effet la Bible au cœur de son message. Quarante ans après sa mort, l’Amérique est loin d’avoir fait de son rêve une réalité.

Aimer son prochain… et même son ennemi

Les tweets racistes de Trump sont… racistes ! Les chrétiens américains devraient réévaluer leur soutien au président à la lumière de ce qui peut être vu comme le cœur du message chrétien : l’amour du prochain… et même l’amour de son ennemi. (Matthieu 5,44) Au nord de la frontière, espérons que cet exemple de dérive nous inspire à être vigilants face aux politiciens qui sont tentés par la voie démagogue tracée par le président américain.