Projet Montréal tiendra ce soir son événement annuel de financement et célébrera, par la même occasion, les 15 ans de sa fondation. Dans un style on ne peut plus euphémique, les plateformes numériques du parti précisent ainsi que des « citoyennes et citoyens avides de changement » s’étaient réunis pour bâtir une formation politique, autour de l’urbanisme durable, de la qualité de vie et de la saine gestion. 

Florent Michelot  Florent Michelot 
Candidat au doctorat en sciences de l’éducation et chargé de cours en science politique, l’auteur a été employé de Projet Montréal de 2009 à 2011 et de 2012 à 2013.

L’effort de périphrase cache mal l’inconfort du parti à l’égard de Richard Bergeron, celui de ses deux cofondateurs qui le représenta durant trois courses à la mairie. Sans tomber dans la mauvaise psychanalyse de magazine, on peut admettre que le parti a pu chercher à tuer le père pour grandir et devenir ce qu’il est aujourd’hui. 

Convenons-en, le ralliement tardif à Équipe Denis Coderre et certaines déclarations sur son ancien parti n’ont certes pas aidé à faire passer Richard Bergeron à la postérité de Projet Montréal. Toutefois, les stratégies partisanes, aussi critiquables soient-elles, ne doivent pas faire oublier le rôle qu’il a joué. Dans les toutes premières années du parti, rares étaient ceux qui voyaient dans ce projet politique autre chose qu’un ramassis d’hurluberlus environnementalistes et gauchistes à demi crédibles.

Et, dans ce genre d’aventure, ce n’est qu’à force de renoncements que l’on parvient à ses fins.

Car, on le néglige trop souvent de l’extérieur, l’engagement politique comporte sa part substantielle d’ingratitudes. Collectes de signatures, démarchages en porte-à-porte, sollicitations téléphoniques, rencontres avec les bénévoles (stimulantes, quoique parfois interminables !), etc. : bâtir de toutes pièces une formation politique exige un dévouement complet et de chaque instant à cette cause, un dévouement auquel une poignée de personnes, et au premier rang desquelles Richard Bergeron, n’a pas renâclé. 

Imposer ses idées

Surtout, les valeurs fondatrices du parti sont peu à peu devenues des incontournables du débat politique contemporain. De fait, le concept de mobilité durable fait désormais partie des enjeux clés des différentes élections. C’est probablement la raison pour laquelle jamais la légitimité de Richard Bergeron n’a été sérieusement et ouvertement discutée et, chaque fois que la question fut posée en congrès, la confiance lui a été largement renouvelée. 

Aussi, lorsqu’il a quitté Projet Montréal en 2014, le parti était-il alors une formation reconnue et respectée, ambitieuse et convenablement gérée, audacieuse et réfléchie.

Sans l’engagement de quelques personnes, sans leur loyauté, sans leurs renoncements personnels et collectifs, sans leurs défaites crève-cœur et sans leurs erreurs, il n’y aurait pas eu 15 années de petites et grandes victoires. 

À ces militants et à Richard Bergeron en particulier, il est plus que temps de reconnaître toute la place qui leur revient dans l’histoire de la vie politique montréalaise et de Projet Montréal.

* L’auteur est candidat au doctorat en sciences de l’éducation et chargé de cours en science politique