La mort d’une fillette de 7 ans à la suite de maltraitance dont elle a été victime a bouleversé notre province, apparaissant comme le triste symptôme d’un malaise social d’une grande complexité. Nombre de réflexions et d’évaluations à divers niveaux s’ensuivront.

Janine Gagnon-Corbeil Janine Gagnon-Corbeil
Psychologue

La Presse a présenté le résumé d’une recherche faite auprès de travailleurs sociaux du réseau de la santé, où on a trouvé des travailleurs en grande détresse, pris en étau entre les exigences administratives et leur jugement professionnel. L’Association des psychologues du Québec en est arrivée à un constat similaire. Une grande majorité des psychologues quittent les institutions publiques et ouvrent leur cabinet dans le privé, à la recherche de conditions plus humaines de travail.

Les recherches faites auprès d’intervenants qui transigent avec des problématiques lourdes sont bien documentées, ainsi que les conditions de travail susceptibles de prévenir la fatigue de compassion. On parle de l’impact moral et physique incontournable que ces intervenants expérimentent dans leur pratique.

Les réactions de ces praticiens aux problèmes qu’ils rencontrent dans le quotidien de leur pratique s’apparentent au traumatisme subi par les victimes directes.

L’impact de ce type de trauma aura des répercussions sur l’accomplissement de la tâche, l’efficacité au travail, l’humeur et les émotions, les relations interpersonnelles et la santé physique.

Sont vulnérables à la fatigue de compassion ceux qui sont capables d’empathie et dont la profession les amène à faire face de façon incessante à des expériences traumatiques chez leurs clients, la plus grande vulnérabilité se retrouvant chez ceux qui font face à la maltraitance des enfants. Comme l’écrit un auteur qui a amplement étudié le phénomène, prendre soin de personnes en sérieuses difficultés se paie*.

Sentiment d’impuissance

Un sentiment d’impuissance augmente la vulnérabilité de ces intervenants et contribue à l’épuisement professionnel quand la gravité des cas revient trop souvent alors que l’intervenant ne se sent pas équipé sur les plans théorique et pratique pour intervenir adéquatement et efficacement.

Les questions suivantes se posent : 

Combien d’intervenants travaillent dans un milieu où leur sont offerts un encadrement théorique constant et une supervision compétente ? Ces ingrédients sont absolument essentiels à ceux qui ont à transiger avec des problématiques lourdes et complexes.

Quels sont les budgets consacrés à prendre soin du personnel par des formations supplémentaires à leur formation universitaire de base ? Ces formations sont indispensables à l’évolution professionnelle et l’évolution professionnelle ne se dissocie pas de l’évolution personnelle.

Combien d’intervenants ont accès à un groupe de soutien leur permettant de s’exprimer sur le trop-plein des misères rencontrées ?

Une condition préalable à la prévention de la fatigue de compassion ou de l’épuisement au travail.

L’argument des sempiternelles restrictions budgétaires ne tient pas puisque ces dernières ont grandement appauvri la pensée théorique et le savoir pratique sur les problèmes cuisants dont il est question ces jours-ci.

La quantité de dossiers considérés comme classés a-t-elle priorité sur la qualité du travail accompli ? Les organismes publics eux-mêmes sont-ils pris dans un système de double contrainte où le mandat officiel est d’optimiser les services aux bénéficiaires tout en rognant sur les dépenses ?

Un modèle écologique de prévention de l’épuisement au travail pour ceux qui transigent avec la misère humaine repose sur des valeurs sociales et politiques qui prennent l’humain en considération.

Souhaitons qu’il y ait moins d’importance accordée au diagnostic et plus d’accompagnement véritable des personnes en détresse. Moins d’attention exclusive aux symptômes et davantage à la personne.

Une institution où l’atmosphère est hostile ou malsaine ne peut bénéficier d’un personnel en santé dont la pratique sera sans failles.

Consultez Compassion fatigue : Coping with Secondary Traumatic Stress Disorder in Those Who Treat the Traumatized (en anglais)