Un matin, à genoux dans le potager cette semaine. Enfin ! Certaines années, le 20 avril, tout est semé.

Marc Séguin Marc Séguin
Peintre, romancier et cinéaste

Cette année, et parce que les gelées hâtives de l’automne dernier l’ont empêché, j’ai planté l’ail il y a quelques jours. À genoux donc, dans la terre froide et trempée. L’ail en rang d’oignons. Ça me fait rire ça, parce que les oignons ici, je les plante n’importe comment, et ils poussent. Alors j’ai fait de même avec l’ail. Même chose encore avec les laitues, les carottes, les betteraves : à la volée. Ce n’est pas aligné comme une rangée de bancs à l’Assemblée nationale, et les légumes se font quand même. Ceci pour dire que tout est retardé ce printemps.

C’est bien le potager parce que ça permet de ventiler… et de faire du ménage dans les absurdités.

Je tentais, je vous jure en souriant, de comprendre comment un génie de l’administration municipale de la Ville de Montréal avait pu arriver à la conclusion qu’il fallait rouvrir le chemin Camillien-Houde à la circulation en le bien-nommant « chemin de plaisance » ! C’est quoi, un chemin de plaisance ? Peut-être que c’est une rue où on roule lentement en prenant soin de regarder le paysage ? Alors j’ai une suggestion : on n’aurait qu’à y faire des travaux et poser des cônes comme sur tout le réseau montréalais. Un autre problème de réglé par l’escouade de l’immobilité. D’ailleurs, j'ai fait un cauchemar l’autre nuit : entre deux feux de circulation, je me faisais dépasser par un papillon.

Le plus drôle dans l’histoire des travaux de réfection, c’est qu’une fois que tout sera fini, faudra recommencer. C’est comme un potager, mais sans bonheur !

Revenons-y.

La magie du travail de la terre allège un peu le fardeau du ridicule social. Je vous assure que je serais fou depuis longtemps sans les patates ou le fumier à pelleter. On se demande, en bêchant de toutes ses forces, comment le système a pu laisser mourir une fillette de 7 ans. Et on se demande intensément pourquoi on a tant besoin d’un drame pour se révolter ? Un autre coup de bêche.

Oui, y a de belles choses ici et là, mais dans l’ensemble, le constat est troublant. Ça sert à quoi de mettre en place des milliers d’intervenants et de plans d’intervention quand on ne peut pas agir ; dilué dans l’administration ? C’est décourageant de prendre la mesure de ses limites. Quand on se met à fouiller et creuser un peu (on reste dans le thème…) on se rend compte que ce n’est que la pointe de l’asperge !!!

Quand on écoute un peu les gens qui travaillent dans le système, on se rend compte que le courage d’agir se noie dans le rêve collectif et les belles volontés.

Difficile à enterrer celle-là.

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J’ai continué en étendant du fumier. Parce que mine de rien, c’est utile la marde de temps en temps pour fertiliser les sols. On l’oublie.

À la radio, la même journée, j’ai entendu des gens qui se demandaient pourquoi la politique active n’attire-t-elle pas autant de gens de qualité que le milieu des affaires ou la recherche universitaire, par exemple. Me semble que c’est simple : ça fait des décennies que les gouvernements ne gèrent que des coupes, de l’austérité et des problèmes sociaux comme le mauvais état de la santé et de l’éducation. Pas très sexy. Imaginez si la province ou le pays avait des idées expansionnistes, des visions d’avenir et de croissance sociale, non pas uniquement économique ? Le ministre de l’Économie et de l’Innovation (allô Pierre !) qui se dit prêt à démissionner au premier drapeau levé, pour ne pas gêner son gouvernement. Come on Fitz. Tu les envoies chier et tu te bats un peu, STP. Ne pas céder à l’ambiance.

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Pourquoi cette indignation étonne-t-elle autant ? Parce qu’on se sème des promesses à la volée. Et que les résultats ne sont pas toujours visibles… On se fie sur le « système » pour les gérer. Crime ! Ça ne fonctionne pas, on dirait. Faudrait revoir certaines valeurs démocratiques, mais surtout : on devrait revoir et redéfinir ce que devraient être nos programmes sociaux (les temps ont changé) et donner de sérieux coups de barre pour que le gros bon sens l’emporte parfois sur un système qui s’est transformé en désengagement humain.

Vous jure que ça fait du bien de planter des graines et comprendre des cycles simples. J’aime beaucoup la loyauté de la terre. Bien besoin, quand on récolte des horreurs comme l’histoire de cette fillette.