La lettre s’adresse aux membres du Sénat canadien.

Hélène Boily Lévis

Vous n’êtes pas sans savoir que les Canadiens se trouvent présentement à la croisée des chemins concernant leur avenir.

Un avenir qui pourrait être bien sombre d’après les scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), selon lesquels il reste globalement moins de deux ans aux États pour éviter l’effondrement de nos sociétés en changeant radicalement leurs pratiques environnementales.

Au Canada, les canicules, les épisodes de sécheresse, les incendies de forêts, les inondations et autres conséquences du réchauffement climatique sont à présent monnaie courante et le phénomène risque seulement de s’amplifier. C’est dans ce contexte que le projet de loi C-69 visant à réformer le régime d’évaluation environnementale devient incontournable.

Les Canadiens doivent pouvoir compter sur une analyse sérieuse et approfondie de chaque projet lié à l’énergie (pipeline, centrale nucléaire, barrage hydroélectrique, ligne de transmission). Malheureusement, la loi canadienne sur l’évaluation environnementale de 2012 ne le permet pas. Cela et un laxisme généralisé en matière d’environnement font que le Canada reste très loin des cibles de réduction des gaz à effet de serre (GES) qu’il s’était engagé à atteindre à la signature de l’Accord de Paris en 2016, soit 17 % en 2020 par rapport à 2005.

Un premier pas consiste à encadrer les grands projets énergétiques afin qu’ils garantissent la sauvegarde de l’environnement et de la santé publique. C’est ce que fait C-69.

La population doit pouvoir s’en remettre à son gouvernement sans craindre l’intervention de l’industrie dans les prises de décision. On doit pouvoir lui garantir que les études seront basées uniquement sur la science, l’acceptabilité sociale et les connaissances autochtones. Une proposition de loi comme C-69 est nécessaire pour assurer à la population que les projets qui finalement seront approuvés tiendront compte des notions de durabilité et de moindre impact et qu’ils ne viendront pas abolir les efforts consentis à la transition énergétique.

Des objections qui ne tiennent plus la route

J’entends ici les objections concernant la création d’emplois qu’on attribue souvent aux grands projets dits de développement. Personne n’est contre la vertu et tous réclament la création d’emplois ou simplement le maintien du leur. Mais pas au prix de leur propre survie. Du reste, l’argument ne tient plus la route car en matière de création d’emplois, la transition énergétique à elle seule y pourvoirait davantage que l’industrie liée aux énergies fossiles. Dans une telle situation, s’obstiner à protéger des projets sans connaître leurs véritables enjeux environnementaux tient du délire.

Pour toutes ces raisons, C-69 est essentiel, et le diluer de quelque façon serait une grave erreur.

Nous ne pouvons pas, nous ne pouvons plus nous priver d’une législation qui présente une avancée dans le domaine de la protection environnementale. J’aime imaginer que votre expérience, votre clairvoyance et une pensée sincère pour les jeunes générations vous tiendront loin des considérations strictement partisanes et que vous choisirez d’agir dans une optique de long terme. Pour tous les Canadiens.

Mesdames et Messieurs, membres du Sénat canadien, je vous remercie de soutenir le projet de loi C-69.

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