Chaque printemps, les Montréalais en profitent pour sortir et redécouvrir leur ville et la joie de revivre. Mais plusieurs défis se dressent pour en ressentir une fierté, jadis le leitmotiv de Jean Drapeau !

Michel Archambault
Professeur émérite en tourisme à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM

J’oublie les cônes orange et les multiples travaux sur l’ensemble du territoire en espérant toutefois que le contrôle de la qualité des travaux soit présent pour éviter de tout reprendre dans quelques années.

J’oublie les nombreuses terrasses qui ouvriront et dont l’architecture mériterait d’être enrichie ! Je parle plutôt de la propreté et de l’entretien nécessaires pour assurer une certaine beauté… et une fierté ! Le printemps est bien arrivé depuis plus d’un mois, mais à plusieurs endroits, le « ménage » se fait attendre.

Ici et là, on retrouve des détritus, on revoit malheureusement les graffitis bien présents sur le mobilier urbain : poubelles, bornes de stationnement, bancs publics, boîtes aux lettres de Postes Canada, sans oublier les nombreuses ruelles auréolées de telles cicatrices.

En cette matière, on a hélas perdu la bataille : le nombre d’éléments avec graffitis l’emporte haut la main.

En ce lendemain de congé pascal, il est ahurissant de voir, à 11 h ce mardi, le nombre de poubelles qui débordent au parc Jarry. Déjà, le design de ces poubelles fait défaut : on note la présence de barils de 45 gallons à des enclos sans harmonie, tantôt de bois, tantôt d’acier. J’ai bien tenté de sensibiliser le responsable du parc à l’arrondissement, mais il ne semble pas lire ses courriels, car je n’ai reçu à ce jour aucun accusé de réception.

Désolant et triste

Le gros bon sens et une certaine créativité devraient pourtant l’inspirer et le faire bouger. Des exemples de bonnes pratiques en matière de poubelles existent à Chicago, à Copenhague ou dans certains parcs nationaux. Ces cas illustrent bien qu’on peut éviter l’encombrement (en distinguant et en sélectionnant les déchets, les plastiques, les bouteilles ainsi que le compostage). Désolant et triste spectacle de voir, au parc Jarry, les mouettes et les écureuils y trouver une place de choix pour se délecter vu l’absence de couvercles ou de systèmes obstruant l’intrusion.

« La meilleure façon de connaître, d’apprécier, d’apprivoiser et de sentir l’âme d’une ville, c’est en la marchant », avions-nous déjà souligné dans le livre de François Cardinal Rêver Montréal (2013). Nous soulignions également que « les artères piétonnières des villes gagnantes allient sécurité, propreté, signalisation efficace, affichage commercial harmonieux, aménagement floral, collecte des ordures hors des heures de grand achalandage, respect du mobilier urbain, îlots de verdure paisibles… » C’est la meilleure stratégie pour attirer des visiteurs et éviter, entre autres, l’exode de ses habitants !

Montréal et ses arrondissements devraient fortement s’inspirer de ces villes et faire preuve de leadership décisionnel pour redonner une fierté aux Montréalais.

Richard Florida, un maître à penser dans la définition de la ville du futur, n’avait-il pas écrit que « walkability is a magnet that attracts and retains highly educated and skilled people and the innovative businesses that employ them… Walkability is an ecological imperative » ?

Florida aurait pu aussi ajouter que la propreté d’une ville et le respect de son mobilier urbain ne sont pas des coûts, mais un investissement pour garantir son futur et la qualité de vie de ses citoyens.