Faisant partie de ce que l’on nomme l’iGen (la génération qui n’a jamais connu de monde sans l’internet), s’il y a bien quelque chose que je retiens de mon parcours scolaire, outre les balbutiements de la multiplication maladive des écrans, c’est bien l’entreprise de conscientisation écologiste opérée dans nos écoles. On ne peut évidemment s’opposer à la vertu et à la diffusion du savoir sur un tel sujet d’actualité, qui constitue assurément le défi planétaire numéro un.

Philippe Lorange
Étudiant en science politique et en philosophie à l’Université de Montréal

Néanmoins, toute idée n’est pas à l’abri de l’idéologie. Depuis quelques années, un véritable dogme écologiste s’est mis en place et sermonne tout un chacun sur les bonnes habitudes à prendre pour sauver la planète. On notera que beaucoup de ces ecclésiastiques voyagent en avion plusieurs fois par année, ce qui est nettement plus polluant que l’utilisation annuelle d’une voiture, que le citoyen moyen n’a pas le choix de prendre dans son quotidien.

Mon but en écrivant cette lettre n’est pas de rappeler l’hypocrisie et la bien-pensance des porte-parole du Pacte pour la transition et autres bannisseurs de pailles. J’allouerai plutôt ces lignes à un phénomène qui, me semble-t-il, a été injustement sous-estimé dans l’analyse du discours eschatologique de l’écologisme. Par eschatologie, entendons ici tout discours qui porte sur la fin des temps. Car avec un tel catastrophisme, les écologistes réduisent justement notre conception du temps comme peau de chagrin. Je m’explique.

Penser loin

Il y a quelques décennies, Winston Churchill, premier ministre du Royaume-Uni pendant la Seconde Guerre mondiale, a affirmé ceci au Parlement britannique : « Conduisons-nous de telle façon que même si l’Empire britannique et sa communauté de nations devaient durer 1000 ans encore, les hommes diront toujours : ce fut l’heure la plus belle de leur histoire. » Notons ici la projection dans le temps qu’évoque le chef d’État : à l’époque, il était encore possible de penser que d’ici 1000 ans, il y aurait encore une telle chose qu’un Empire britannique.

Qui, aujourd’hui en Occident, est en mesure de croire qu’il y aura encore des hommes sur Terre d’ici 1000 ans ? Même d’ici seulement 200 ans ? L’eschatologie écologiste est telle qu’elle nous a imbriqué dans l’esprit que nous vivions les dernières heures de l’histoire de l’humanité. Or, comment transmettre le souci de l’héritage à une jeunesse qui ne voit que le crépuscule à l’horizon ? Qui veut se battre pour sa patrie alors que celle-ci est sur le point d’être submergée par la montée des eaux ? Pourquoi défendre une culture et une langue qui seront jetées au néant dans la catastrophe imminente ? L’eschatologie est un antipatriotisme.

Par son catastrophisme délirant, ce discours de la fin des temps hystérise les consciences et annihile tout désir collectif de continuité historique.

Nous devons nous en débarrasser et savoir raison garder devant les problèmes environnementaux qui nous font face. Après tout, les écologistes alarmistes n’en sont pas à leurs débuts : le Figaro Magazine du 4 avril dernier nous rappelait que dans les années 70, un candidat à la présidentielle française brandissait un verre d’eau en affirmant que très bientôt, nous n’en aurions plus.

Aujourd’hui, une adolescente de 15 ans, Greta Thunberg pour ne pas la nommer, insulte nos gouvernants et reprend le flambeau de l’écologisme infantile partout en Occident, jouant le prophète de malheur. Ne nous laissons pas impressionner et réapprenons à voir loin dans le temps : les hommes sont assez ingénieux pour se tirer d’affaire. Confiance aveugle ? Non, simple appel au calme, vous dis-je.