Le 15 septembre 2008, au moment où Alexis habitait toujours à New York, la crise financière emportait Lehman Brothers. Depuis, il est revenu vivre dans la belle province. Assis au salon de thé du coin, je lui demande si nous avons appris de 2008, son regard demeure dubitatif. Il me relance plutôt par la vraie question: en quoi avons-nous collectivement changé?

Sa mise en perspective visait dans le mille. Que s'est-il passé en 2008? Des titres garantis par des créances hypothécaires ont été évalués comme «AAA», alors qu'ils contenaient des prêts hypothécaires à haut risque, sous prétexte que l'instrument financier était divisé en plusieurs tranches de risque. Comme une partie du financement interbancaire était basé sur l'échange de ces titres, on a vu le marché s'effondrer lorsque la bulle immobilière a subi une purge. 

Contrairement à ce que l'on divulgue parfois dans les médias, cette crise n'était pas un phénomène en soi, mais plutôt un symptôme d'une réalité plus complexe. Pour étancher notre soif de parasitisme, nous avions siphonné l'emprunteur hypothécaire à son maximum. Et là, celui-ci n'avait plus de sang à donner.

Mais qui voulait ces titres dont les sous-jacents étaient des créances hypothécaires? Nous tous. Nos fonds de pension et les autres investisseurs institutionnels voulaient et veulent encore aujourd'hui des placements à haut rendement par rapport au risque pris? Pourquoi? Pour réaliser notre fantasme du parasite: c'est-à-dire notre volonté de tirer profit du travail d'autrui. Les abus du système bancaire ne sont que le fruit d'un processus débutant par le désir de l'humain d'avoir plus pour moins. Le citoyen économique est devenu un aspirant à un rendement élevé. Celui-ci basé sur le passage du temps ou l'échec de l'autre, et non sur la création de richesse réelle. L'épargnant veut vivre de ses rentes, sur une plus longue période. 

Tout cela a un prix. Même le citoyen le plus à gauche devient partie intégrante de ce système: avec la financiarisation de l'économie, on exige un rendement des marchés pour capitaliser les régimes sociaux.

Les secteurs bancaires et des assurances représentent un coût de transaction, ils n'apportent aucune valeur supplémentaire à l'économie réelle. Ce sont des intermédiaires, des outils. Pourtant, en 2008, nous avons sauvé les intermédiaires. Le parasite a convaincu le cerveau qu'il avait besoin de lui. Sous la menace de l'effondrement du système parasitaire, nous avons sauvé les créanciers, parce que nous avions peur que la mort du parasite, étant nous-mêmes un hyperparasite se nourrissant de celui-ci.

Le consommateur ne pouvant nourrir davantage le parasite, il faudra le nourrir autrement. Ainsi, nous augmentons les taxes et impôts pour trouver une solution facile à notre envie de profiter du travail d'autrui. Lorsque cela sera fait, il ne restera qu'une ultime possibilité: la saisie d'actifs. Jusqu'où irons-nous pour nourrir notre fantasme du parasite?

Pour empêcher les abus du parasite, ne devrions-nous pas revenir aux principes de la loi Glass-Steagall de 1933? Celle-ci séparait les deux réalités de l'institution financière: banque de dépôt (prêts et dépôts) et banque d'investissement (opérations sur titres et valeurs mobilières). Ainsi, dans une situation de crise, nous pourrions laisser le spéculateur éponger la perte, sans brimer le simple emprunteur ou déposant. Un genre d'autocontrôle de notre exposition au risque financier.

Avons-nous appris de la crise de 2008? Les acteurs économiques ne font que suivre les règles du jeu que nous avons fixées. Accuser le système bancaire comme seul responsable de la crise est non seulement réducteur, mais démontre aussi notre incompréhension collective de notre mode de vie économique. Nous sommes devenus des hyperparasites; le chien aspirant mordre sa propre queue. Pendant ce temps, nous critiquons collectivement l'intermédiaire ne faisant que répondre à notre ordre de serrer les dents. Un autre thé?