De nos jours, quiconque souhaite remettre en question les généreux programmes sociaux du gouvernement s'aventure en terrain miné où les tirs groupés ne tardent pas à fuser alors que de toutes parts, on crie au dangereux recul, à la perte de précieux acquis et à la mise en péril des fondements de notre sociale démocratie.

Mélanie Dugré

Pourtant, parce que les poches de l'État ne sont pas sans fond et qu'aucun programme n'est à l'abri des dérapages, la réflexion, même si elle doit se faire en marchant sur des oeufs, peut s'avérer nécessaire et salutaire.

Cette réalité est criante dans le dossier du programme de retrait préventif «Pour une maternité sans danger» administré par la CSST qui a récemment fait l'objet de sévères critiques de la part d'une docteure en obstétrique et gynécologie de l'Université de Sherbrooke.

Dans une troublante analyse, la Dr Larissa Takser conclut que le gouvernement a perdu le contrôle de son programme, unique en Amérique du Nord, qui a connu une augmentation vertigineuse du nombre de réclamations, passant de 1000 en 1981 à 32 882 en 2011, avec un taux d'acceptation moyen légèrement supérieur à 95% pour la période 2008-2011.

Le reste du Canada, dont les statistiques sur la mortalité infantile ou périnatale et les bébés prématurés ou de faible poids ne sont pas plus élevées qu'au Québec, doit rire dans sa barbe en constatant que ce programme a coûté près de 220 millions, puisés à même les cotisations des employeurs, seulement qu'en 2011.

Pour la Dr Takser, ce programme n'est basé sur aucune preuve scientifique alors que l'employabilité ne serait pas un facteur de risque significatif lors d'une grossesse.

Par ailleurs, il suffit de consulter les forums de discussions sur la maternité pour s'apercevoir combien il est aisé d'obtenir un certificat médical de retrait préventif, essentiellement motivé par la notion de précaution. L'analyse de la Dr Takser révèle d'ailleurs que de l'avis de plusieurs travailleuses et employeurs, ce programme est désormais considéré comme un congé de maternité qui, faut-il le rappeler, précède un non moins généreux congé parental financé par le RQAP.

Doit-on pour autant abolir ce programme? Certainement pas. La Dr Takser recommande plutôt une réorientation, incluant une évaluation plus serrée des risques réels reliés à l'emploi et surtout un retour aux véritables sources de ce programme, soit le danger au travail et les métiers à risque.

Personne ne contestera les aléas reliés à la grossesse et tous comprendront le désir d'une future mère fatiguée et incommodée de se reposer avant la naissance de son enfant. Mais est-ce pour autant la responsabilité de l'État de combler ce désir en assurant à la travailleuse un remplacement de salaire en l'absence d'un danger réel relié à son travail? Je ne le crois pas. Il appartient à la future mère d'assumer ce choix à ses frais ou de convenir de modalités d'assouplissement avec son employeur.

Les résultats de l'analyse du Dr Takser font écho aux conclusions du rapport du groupe de travail présidé par Viateur Camiré, publié en décembre 2010 sous le règne de Lise Thériault, qui a depuis rejoint les tablettes poussiéreuses.

Malgré la pertinence évidente d'une réforme, aucun élu n'a encore osé proposer des changements concrets au programme, peut-être par crainte de s'attirer les foudres des futures mères, porteuses des citoyens québécois de demain.

Mais la politique est un jeu qui exige cran et audace et parfois, il faut avoir le courage d'admettre qu'on a perdu nos repères pour mieux revenir sur le bon chemin.

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