La ministre de l'Éducation, Marie Malavoy, a déposé jeudi dernier le projet de loi 23 qui lui accordera le pouvoir d'instaurer de façon progressive, dès septembre prochain, de nouvelles classes de maternelles 4 ans dans 69 commissions scolaires de milieux défavorisés, avec l'objectif ultime de contrer le décrochage scolaire.

Les représentants de l'association des CPE avaient déjà vivement réagi avant même cette annonce en critiquant la précipitation du gouvernement et en dénonçant les risques liés à l'implantation de maternelles pour ce groupe d'âge.

L'AQCPE a invoqué un échéancier très court élaboré sans une analyse rigoureuse du sujet ainsi que les risques que la scolarisation précoce cause un stress inutile et tue le plaisir d'apprendre d'une population d'enfants déjà vulnérable. Mais surtout, l'AQCPE a fait valoir que les CPE s'imposent comme les spécialistes de la petite enfance et sont mieux adaptés pour répondre aux besoins des enfants de milieux défavorisés.

Non seulement l'AQCPE ne peut se prononcer de façon objective et impartiale dans ce débat, mais ses propos doivent être remis dans une juste perspective.

D'abord, rappelons que le réseau de CPE a été créé par Pauline Marois en 1998 afin, notamment, de permettre aux femmes prestataires d'aide sociale de briser le cercle de la pauvreté et de joindre le marché du travail. Si la qualité et l'expertise des CPE doivent être reconnues, encore faut-il que les familles concernées puissent y avoir accès.

Or, rien n'est moins certain puisque le réseau peine à répondre à la demande et que devant la lourdeur et la complexité du système de listes d'attente, nombreux sont les parents peu scolarisés et démunis qui tournent les talons à la porte d'entrée et abdiquent devant la difficulté à trouver une place.

Ensuite, la démarche du gouvernement n'est pas aussi précipitée qu'elle n'y paraît au premier regard.

En 2009, un projet pilote d'une maternelle 4 ans, appuyé par des chercheurs de l'UQAM, a été mis sur pied à l'école St-Zotique en parallèle à une enquête de la Direction de la santé publique qui révélait la vulnérabilité de plus de 45% des élèves dans au moins un domaine de la maturité scolaire. L'idée proposée par la ministre de l'Éducation a donc été testée au préalable et il serait injuste d'accuser le gouvernement d'agir en amateur et avec une hâte indue.

Enfin, plusieurs enfants de 4 ans issus de familles nanties, qui ne fréquentent pas la garderie ou un CPE parce qu'un des parents est au foyer, ont accès au programme de préscolarisation en milieu scolaire Passe-Partout, destiné à faciliter la transition entre la maison et l'école. Rares donc sont les enfants de milieux favorisés qui font leur entrée à l'école sans avoir vécu une dynamique de groupe.

Malheureusement, pour toutes sortes de raisons économiques et sociales, ce programme ne semble pas rejoindre les familles de milieux défavorisés. Voilà un argument additionnel au soutien de l'implantation des maternelles 4 ans, surtout devant le constat que 27% d'enfants qui passent directement de la maison à l'école vivent un problème d'adaptation.

Les maternelles 4 ans représentent une excellente occasion de transmettre aux petits élèves la curiosité et l'intérêt nécessaires à une courbe d'apprentissage heureuse et réussie et de permettre aux enfants, tous milieux confondus, de poser le pied sur la ligne de départ de leur marathon scolaire chaussés des souliers et armés des outils qui les aideront à franchir le fil d'arrivée avec succès et fierté.