Marie Malavoy en avait sans doute assez de voir la bouille de son collègue des finances Nicolas Marceau sur toutes les tribunes et elle a décrété que c'était maintenant son tour de goûter à la célébrité associée à son nouveau poste de ministre de l'Éducation.

Mélanie Dugré<br><i>L'auteure est avocate.</i> LA PRESSE

Quoi de mieux pour attirer l'attention que d'annoncer de révolutionnaires projets, nommément introduire l'enseignement de la souveraineté en réduisant celui de l'anglais et sabrer dans les subventions offertes aux écoles privées.

L'ajout de la souveraineté au cursus scolaire, que les libéraux indignés aiment qualifier de propagande, est une idée plutôt intéressante. En fait, je trouve que le Québécois n'a jamais le regard aussi clair, l'oeil aussi allumé et le verbe aussi enflammé que lorsqu'il parle de souveraineté. Cette quête est inscrite dans nos gènes et fait partie de notre identité, au même titre que notre langue, notre culture et notre tempérament latin.

J'ai eu le privilège de croiser sur mon parcours scolaire des enseignants d'exception qui m'ont profondément marquée, dont Marcel Lefebvre, mon professeur d'histoire en 4e secondaire au Séminaire Sainte-Marie de Shawinigan. Avec un physique à la Gilles Vigneault et un anticonformisme digne du professeur Keating du film La société des poètes disparus, Marcel était surtout un souverainiste passionné et convaincu dont les cours portaient la couleur et la saveur de ses convictions. J'ai bu ses paroles et j'ai vibré au rythme de ses fébriles envolées tout en me forgeant ma propre opinion sur les enjeux historiques et politiques du Québec.

Va donc pour parler de souveraineté à l'école, mais pas à n'importe quel prix. Je m'objecte à ce que ces discussions bouffent du temps consacré à l'enseignement de l'anglais. D'ici à ce que le mandarin le détrône, l'anglais reste la langue internationale par excellence et sa maîtrise est une condition d'embauche de moins en moins négociable.

Le rêve de souveraineté a parfois l'égo bien gonflé et il est franchement présomptueux de croire qu'une fois devenu un pays, le Québec pourrait nier ces évidences linguistiques. J'ai déjà écrit sur l'importance que j'accorde à l'enseignement de l'anglais et j'ai reçu toute la volée de bois vert propre à une telle prise de position. Mais j'assume, je persiste et signe.

La deuxième nouvelle idée de la ministre de l'Éducation consiste à couper les vivres aux écoles privées pour mieux financer le réseau public. Vraiment? Ou ne serait-ce pas plutôt pour faire la vie dure au privé dont la cote de popularité ne cesse de croître? Si tous les étudiants dont les parents n'auraient soudainement plus les moyens de leur offrir l'école privée devaient converger vers le réseau public, ce dernier se retrouverait alors dans une situation encore plus précaire qu'il ne l'est actuellement.

Le vaste choix actuel d'écoles et de programmes permet à nos jeunes de s'épanouir dans le milieu scolaire de leur choix et d'exploiter leur plein potentiel sans que ne leur soit enfoncée dans le fond de la gorge une décision unilatérale, qu'ils auraient d'ailleurs tôt fait de recracher avec toute l'amertume et la rancoeur de circonstance.

Prudence et réflexion s'imposent donc devant ces nouveaux projets de la ministre de l'Éducation, porteurs de lourdes conséquences. Pour l'heure, ça sent l'improvisation et ça n'annonce malheureusement rien de bon.

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