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La négociatrice en chef

L'Allemagne, dirigée par Angela Merkel, n'a jamais apprécié... (Photo RONNY HARTMANN, archives Agence France-Presse)

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L'Allemagne, dirigée par Angela Merkel, n'a jamais apprécié les condamnations fermes vis-à-vis la Russie de Vladimir Poutine ni la diplomatie vocale de la France et des Etats-Unis.

Photo RONNY HARTMANN, archives Agence France-Presse

Jocelyn Coulon

L'auteur (j.coulon@umontreal.ca) est directeur du Réseau de recherche sur les opérations de paix, affilié au CÉRIUM de l'Université de Montréal.

Il y a des signes qui ne trompent pas. En quelques jours, l'Allemagne s'est placée au centre du dispositif diplomatique dans la crise ukrainienne. Elle a convaincu ses principaux partenaires européens de sa lecture d'un règlement politique du conflit, et ce sont ses diplomates qui agissent au nom de la communauté internationale. La Russie sourit, d'autres sont déçus.

L'Allemagne a imposé sa présence par étape. La chancelière, Angela Merkel, s'est investie dans la crise ukrainienne dès ses premiers jours en novembre dernier, mais a laissé aux autres - les États-Unis et la France en particulier - le soin de s'afficher, parfois bruyamment.

L'annexion de la Crimée par la Russie, en février, a incité Angela Merkel à prendre plus de place. De tous les leaders occidentaux, elle est devenue l'interlocutrice privilégiée de Vladimir Poutine, les deux maîtrisant très bien la langue de l'autre. Lorsque la crise s'est étendue, en avril et au début du mois de mai, à l'est de l'Ukraine avec ses affrontements meurtriers et l'organisation des référendums séparatistes, l'Allemagne a pris le contrôle des initiatives occidentales afin de trouver avec Vladimir Poutine une issue négociée au conflit. Ce «coup de force» diplomatique s'est joué samedi dernier lors d'une rencontre entre la chancelière et le président François Hollande.

Il faut lire avec attention le communiqué conjoint à cette rencontre pour prendre la mesure du poids grandissant de l'Allemagne dans la gestion de la crise ukrainienne. Son empreinte se retrouve dans tous les éléments du texte, dont chaque mot a été soigneusement choisi afin de ne pas froisser la Russie. C'est que les Allemands n'ont jamais particulièrement apprécié les condamnations ex nihilo de la Russie ni la diplomatie du mégaphone utilisée par Paris et Washington. Maintenant, la France s'est rangée, et les États-Unis se sont effacés.

Après avoir rappelé aux parties l'«importance capitale» de tenir des élections présidentielles le 25 mai, le texte franco-allemand trace une feuille de route dont les trois éléments essentiels sont autant de critiques voilées envers le régime de Kiev et de fortes pressions pour qu'il négocie. Ainsi, il est demandé aux parties, mais surtout au gouvernement ukrainien, d'adopter des mesures visant la désescalade. Le texte ne demande pas à la Russie de retirer ses troupes massées à la frontière, mais bien d'en «réduire de manière visible leur posture d'alerte».

Sur le dialogue national, comme sur le processus de réforme constitutionnelle, Paris et Berlin vont jusqu'à dicter au gouvernement ukrainien la voie à suivre. Ce dernier est invité à organiser au plus vite et avant les élections du 25 mai un dialogue entre «les représentants du peuple ukrainien et les représentants de toutes les régions d'Ukraine» afin de discuter de toutes questions et en particulier des «compétences des autorités régionales, des droits des minorités, etc.». Les séparatistes ne sont pas spécifiquement invités, mais le texte leur ouvre la porte.

Avec ce texte en main, la diplomatie allemande s'est mise en branle. Dès lundi, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe a annoncé la nomination d'un diplomate allemand chargé de modérer le dialogue national ouvert hier. Mardi, Frank-Walter Steinmeier, le ministre allemand des affaires étrangères s'est rendu à Kiev pour «discuter» de la feuille de route avec le gouvernement.

Cette gestion de la crise ukrainienne par l'Allemagne a créé un certain malaise. Le président polonais a affiché son dépit dans une entrevue publiée le jour même de la signature du texte franco-allemand. «J'ai du mal à comprendre la façon dont certains, en Allemagne, regardent actuellement la Russie. Cela alimente le soupçon que des responsables politiques allemands cherchent à emprunter un chemin en matière de politique étrangère qui, pour nous, est difficile à accepter.»

Il faudra pourtant bien s'y faire. Quelle que soit la sympathie qu'ils éprouvent envers les Ukrainiens ou les autres peuples d'Europe orientale, les Allemands sont des géopoliticiens et leur rapport à la Russie est ce qui prime.




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