Les funérailles de Nelson Mandela ont été l'occasion d'un grand happening planétaire. Il est rare de voir autant de têtes couronnées et de chefs d'État se rassembler afin de saluer la mémoire d'un seul homme et Mandela a battu les records d'assistance détenus par Churchill et le pape Jean-Paul II.

L'hommage était mérité. On l'a dit et redit, dès sa sortie de prison, Mandela a stupéfait le monde. Il n'a pas cherché la vengeance, ni même la gloire. Sans être un saint, il a refusé de jouer les bourreaux. Sans être un messie, il a tracé la voie du pardon et de la réconciliation. Il a pardonné à ses geôliers et à leurs maîtres. Il a réconcilié les peuples et les individus dans un pays au bord de l'éclatement en posant des gestes forts qui resteront à jamais inscrits dans la mémoire de l'humanité.

Les chefs d'États, en Afrique du Sud ou ailleurs, ont rappelé cet héritage. Les discours étaient beaux, parfois lyriques, comme celui du président Obama. Mais, dans ce concert d'éloges, on a du mal à trouver les héritiers de son legs parmi ceux qui sur la planète font face à des situations auxquelles Mandela fut confronté.

Certes, chaque crise est singulière et la comparaison est un exercice que l'on peut juger facile. Ainsi, au-delà de ses qualités personnelles, lorsque Mandela tend la main, il a devant lui des dirigeants blancs conscients qu'il représente la meilleure option pour l'avenir du pays. Ils savent aussi que la démographie et l'environnement international jouent contre eux. Ils auraient pu se replier sur un «bantoustan blanc». Mais ils ont calculé que l'Afrique du Sud sous Mandela aurait plus d'avantages que d'inconvénients.

Alors, qu'en est-il, en Afrique et sur d'autres continents? Au Zimbabwe, après un bon départ, le président Mugabe et les fermiers blancs sont rapidement entrés en guerre au sujet du partage des terres. On continue à se demander qui a tort et qui a raison dans cette affaire, mais le résultat est devant nous: un régime dictatorial, un exode des blancs et aussi des classes noires éduquées, une économie effondrée.

Au Proche-Orient, Israéliens et Palestiniens ont tenté ce que l'on croyait impensable. Ils ont signé un accord de paix en 1993 et la poignée de main entre Rabin et Arafat scellant l'entente fut une image aussi forte que celles de Mandela embrassant ses ennemis. Aujourd'hui, il ne reste plus grand-chose de ce moment d'euphorie. Sur d'autres continents, le bilan n'est pas plus heureux. À Chypre, Grecs et Turcs semblent incapables de réunifier l'île. Les deux Corées restent divisées 60 ans après la guerre. Et que dire de la Syrie ou même du Liban?

Ce sont des conflits fratricides, du même type que celui dans lequel Mandela s'est retrouvé plongé. Et il a gagné. Qu'est-ce qui empêche donc les leaders de ces conflits de suivre ses traces?

Sur un autre registre, les conflits entre États, moins nombreux, sont tout de même très dangereux. L'Iran, Israël et une partie du monde occidental semblent incapables de briser le cercle vicieux de la suspicion et des menaces. Ici, nul Mandela et encore moins d'el-Sadate ou de Nixon prêts à tout bousculer pour tendre la main à l'autre.

Mandela n'est pourtant plus seul. Il a au moins une héritière. En Birmanie, après une vingtaine d'années en résidence surveillée, Aung San Suu Kyi a été libérée et a pardonné à ses geôliers. Elle travaille maintenant avec eux à faire revivre la Birmanie.

C'est bien peu, mais il ne faut pas désespérer. Obama a serré la main de Raul Castro et a téléphoné au président iranien. Netanyahou et Mahmoud Abbas se parlent. C'est un pas. Il faut l'accélérer comme Mandela le faisait.