Un accord «historique» a été conclu dans la nuit de samedi à hier sur le programme nucléaire iranien. Les grandes puissances s'en félicitent. Israël le qualifie d' «erreur historique». L'Histoire, cette malmenée, le dira. Entre-temps, cet accord ouvre une perspective de changement dans les relations entre l'Iran et l'Occident.

L'accord conclu à Genève est le résultat de 10 ans de négociations entre l'Iran et le Groupe 5+1, c'est-à-dire les cinq membres permanents du Conseil de sécurité (États-Unis, Russie, Chine, France et Grande-Bretagne) et l'Allemagne. Ces négociations ont souvent échoué et des sanctions bilatérales comme internationales ont été imposées aux Iraniens pour les forcer à respecter leurs engagements définis dans le Traité de non-prolifération nucléaire et dans les résolutions du Conseil. En une décennie, rien de concret n'avait abouti et il a fallu l'élection d'un nouveau président - Hassan Rohani - à la tête de l'Iran l'été dernier pour qu'une fenêtre d'opportunité s'ouvre.

Comme le révèle maintenant la presse américaine, des négociations secrètes entre Téhéran et Washington au cours des derniers mois ont pavé la voie au présent accord. C'est un moment important et il doit être mis à profit afin de négocier un accord permanent au cours des six prochains mois.

Les grandes puissances ont salué l'accord et les mots utilisés n'ont rien d'anodins. Selon l'Américain John Kerry, ce texte «rendra le monde plus sûr (...) et Israël et nos partenaires dans la région plus sûrs». Pour le président français, François Hollande, l'accord constitue «une étape vers l'arrêt du programme militaire nucléaire iranien». Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a plutôt insisté sur l'aspect négatif de la situation. «Le monde est devenu plus dangereux, car le régime le plus dangereux au monde a fait un pas significatif vers l'acquisition de l'arme la plus dangereuse au monde», a-t-il dit. On ne peut reprocher à Israël d'être sceptique compte tenu des menaces proférées par l'Iran à son égard dans le passé. Il n'en demeure pas moins que la position du premier ministre n'est pas partagée par tous dans son pays. L'ancien chef des renseignements militaires, Amos Yadlin, a résumé la position de plusieurs, dont certains ministres, en rappelant au premier ministre qu'il ne s'agissait que d'un accord intérimaire, l'invitant à cesser de faire des déclarations pour le bénéfice des médias et à travailler en coulisse avec Washington afin que l'accord final aboutisse à la neutralisation du potentiel iranien.

L'accord de Genève n'est en effet qu'une étape. En échange d'un allègement modeste des sanctions, l'Iran accepte de limiter son programme nucléaire et de l'ouvrir aux inspections. Sur la question très complexe de l'enrichissement d'uranium, essentiel afin de développer des armes, l'accord permet aux deux parties de rester sur leur position - l'Iran estime avoir le «droit» de le faire, l'Occident le conteste et en limite la portée -, et de reporter à plus tard le règlement définitif de cet aspect. Et c'est ici que l'accord de Genève révèle son côté politique.

En effet, au-delà des aspects techniques de l'accord, ce qui se joue maintenant et dans les prochains mois c'est le rétablissement de relations plus sereines entre l'Iran et l'Occident. Déjà, en quelques mois, ces relations se sont grandement améliorées: contacts secrets, échanges de lettres et d'amabilités, appels téléphoniques, rencontre entre Rohani et Hollande. Petit à petit se trace un chemin - toujours semé d'embûches - dont la finalité se dessine.

Entre-temps, il faudra appliquer l'accord de Genève. Le succès n'est pas garanti, car on ne renverse pas en quelques mois 35 ans d'animosités et de relations souvent marquées par des gestes sanglants. Il est pourtant permis d'espérer.