Le président Barack Obama est à Saint-Pétersbourg aujourd'hui et demain afin de participer au sommet des chefs d'État du G20. La rencontre promet d'être glaciale. La question syrienne sera sur toutes les lèvres, et Obama aura fort à faire pour convaincre ses homologues d'appuyer une intervention militaire. Après tout, plusieurs d'entre eux sont remontés contre Washington après avoir appris cet été que leurs conversations téléphoniques étaient écoutées et leurs messages courriel lus par les services américains.

Dans tout cet aréopage, c'est sans doute le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon qui affichera le sourire le plus crispé. Au cours des dix derniers jours, les Occidentaux, et particulièrement les États-Unis, ont tout fait pour empêcher le travail des inspecteurs en Syrie. On comprend qu'ils soient nerveux, car, m'ont indiqué des sources internes, l'ONU va rendre public un rapport intérimaire mardi prochain, en plein débat au Congrès sur la demande du président Obama d'autoriser des frappes limitées sur la Syrie. À Washington comme à Paris, on redoute son contenu.

Le 21 mars dernier, à la suite d'allégations de l'opposition syrienne sur l'utilisation d'armes chimiques par le régime syrien, l'ONU a créé une mission d'enquête dirigée par un spécialiste suédois et composée d'experts de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques. Après des mois de négociations, les experts sont arrivés à Damas le 18 août. Trois jours plus tard, une attaque chimique sur des quartiers tenus par l'opposition faisait plusieurs centaines de morts. Sur le coup, Washington, Paris, Londres et Moscou, ont demandé à ce que les inspecteurs se rendent sur les lieux du drame, ce qu'ils ont fait assez rapidement compte tenu des mauvaises conditions de sécurité.

Pourtant, quelques jours plus tard, un autre son de cloche émanait des capitales occidentales. Elles avaient maintenant des preuves et elles avaient déjà conclu à la culpabilité du président syrien. Alors, pourquoi s'embarrasser des inspecteurs? Et puis, que vont-ils ramener au juste? Quelles seront les conclusions de l'inspection? Si, publiquement, le gouvernement américain appuie les inspecteurs, en privé c'est une autre réalité qui émerge.

La semaine dernière, le président Obama et ses conseillers ont donc inondé d'appels téléphoniques Ban Ki-moon et ses conseillers. Washington a tenté de convaincre l'ONU que son équipe d'inspecteurs n'avait plus rien à faire en Syrie puisque les États-Unis avaient «leurs preuves». Lors d'une conversation particulièrement musclée avec Obama, Ban Ki-moon a résisté.

Les conseillers du président se sont alors tournés vers le secrétaire général adjoint de l'ONU aux affaires politiques, l'Américain Jeffrey Feltman, dont Washington avait pratiquement oublié l'existence depuis sa nomination il y a un an, afin de le convaincre de reconsidérer le travail des inspecteurs. Peine perdue. Puis, jeudi et vendredi derniers, alors que le monde s'attendait à des frappes de missiles, Washington a demandé à l'ONU de retirer immédiatement ses inspecteurs alors en plein travail. Là encore, l'ONU a refusé, mais a écourté la mission.

Toutes ces pressions rappellent celles exercées par les États-Unis et la Grande-Bretagne pendant les mois précédant le déclenchement de la guerre contre l'Irak en mars 2003. Non seulement le système des inspections avait-il été décrié et ridiculisé, mais les États agresseurs l'avaient contourné afin d'offrir leurs propres preuves dont ont sait aujourd'hui qu'elles étaient pour la plupart fausses.

Pourtant, dans le cas syrien, Ban Ki-moon fait valoir qu'une inspection sur place par des experts indépendants des grandes puissances pourrait renforcer le dossier occidental. Il demande quelques jours de patience, pas des mois. Il est même prêt à dévoiler un rapport intérimaire la semaine prochaine au moment où les parlementaires américains étudieront la proposition du président de lancer des frappes «limitées et punitives». Mais les Américains et les Français, dont les preuves ne reposent pas sur des éléments qu'ils ont colligés sur le terrain, sont très nerveux. Très nerveux.