La France et ses alliés lancés à la poursuite d'Al-Qaïda au Mali viennent de connaître un beau succès. Au moins un, sinon deux chefs du groupe terroriste sont morts en quelques jours, preuve de l'efficacité des opérations en cours et de la nécessité de cette intervention.

Le premier à tomber est Abdelhamid Abou Zeid, émir des régions du sud d'Al-Qaida au Maghreb islamique. Le deuxième serait Mokhtar Belmokhtar, responsable de la prise d'otages fin janvier sur un site gazier en Algérie et geôlier des diplomates canadiens Robert Fowler et Louis Guay en 2009. Sa mort n'est toutefois pas confirmée.

La disparition de ces deux hommes n'est pas le fruit du hasard. Jusqu'à l'intervention française du 11 janvier dernier, les djihadistes avaient pris leurs aises au Mali. Un an plus tôt, à la faveur d'un coup d'État qui a déstabilisé le gouvernement malien, ils ont conquis tout le nord du pays et ont consolidé leurs positions pendant que la communauté internationale affichait son impuissance à aider Bamako à rétablir son autorité sur cette région. Au début de janvier, les djihadistes se sont sentis assez forts pour foncer sur Bamako. L'intervention française a bousculé leurs plans. En quelques jours, l'ensemble des pays de la région a fait front, et les djihadistes se sont retrouvés piégés et encerclés dans le nord du Mali.

Il fallait dès lors, comme le soulignait un officier français, aller chercher les djihadistes «à la pince à épiler». C'est d'ailleurs ce qu'exposait François Hollande le mardi 19 février. «Nous sommes maintenant dans la dernière phase de l'opération, qui n'est plus simplement d'arrêter les terroristes, pas simplement de sécuriser le territoire, mais d'aller jusqu'au bout, c'est-à-dire l'arrestation des derniers chefs terroristes qui demeurent au nord du Mali», disait le président français.

Ce travail visant à débusquer les chefs terroristes est l'oeuvre d'une équipe. Les Américains fournissent les photos satellitaires et la transcription des écoutes électroniques. Les Français engagent les avions de chasse et frappent les cibles ainsi identifiées. Les Maliens, militaires comme civils ou Touaregs passés d'un camp à l'autre, alimentent par leur connaissance du terrain les forces coalisées. Les Algériens, les Mauritaniens et les Nigériens surveillent leurs frontières afin d'éviter toute fuite du Mali. Enfin, certains contingents africains plongent dans la bataille au corps à corps avec les djihadistes.

Partage du renseignement, planification commune, division du travail et synchronisation des mouvements et des attaques sont les actes clés de cette intervention dont on voit aujourd'hui comment elle est nécessaire. En effet, les militaires français, maliens, tchadiens et les services secrets algériens ont saisi au cours des deux derniers mois une quantité impressionnante de caches d'armes, mais aussi d'ordinateurs et de documents dont les premières analyses révèlent l'ampleur des ambitions djihadistes sur toute la zone sahélienne.

Ces succès de l'intervention internationale au Mali ne doivent pas cacher l'essentiel: il existe dans ce pays un autre front, tout aussi important, celui de la réorganisation de l'État. Les djihadistes et leurs alliés touaregs de circonstance ont profité de la corruption ambiante, du ras-le-bol d'une partie de la population et de la révolte des militaires du rang pour s'emparer d'une partie du pays.

L'action internationale doit aussi se concentrer sur cet aspect du conflit comme l'analyse si bien la chercheuse canadienne, Lori-Anne Théroux-Bénoni de l'Institut d'études de sécurité, à Dakar au Sénégal. «Le plus dur commence, écrit-elle. La période actuelle doit être mise à profit pour engager une réflexion sur le type de gouvernance et d'organisation de l'État à même de promouvoir durablement la participation politique, l'inclusion, notamment des périphéries, la paix et la stabilité.» C'est à cette aune qu'il faudra juger du succès ou de l'échec de l'intervention au Mali.