Les Israéliens ne bombarderont pas les sites nucléaires iraniens, du moins pas pour l'instant. Le ministre de la Défense, Ehud Barak, l'a confirmé lundi dans une entrevue publiée par un quotidien britannique. Pour autant, l'Iran reste toujours dans le viseur d'Israël.

Depuis des mois déjà, le gouvernement israélien laisse entendre qu'une intervention militaire contre l'Iran est imminente. Lors de son passage devant l'Assemblée générale de l'ONU le 27 septembre, le premier ministre Benyamin Nétanyahou a graphiquement illustré les craintes de son pays relativement au programme nucléaire iranien et exprimé sa volonté d'y faire face le plus rapidement possible. Brandissant le schéma d'une bombe artisanale devant les délégués, il a expliqué qu'il faudra absolument empêcher l'Iran d'atteindre un seuil critique d'enrichissement de son uranium. Il est allé jusqu'à tracer au feutre une ligne rouge à cet endroit du dessin. «Le temps presse, il est très tard», a-t-il averti. Cette rhétorique alarmiste a poussé l'hebdomadaire Newsweek à consacrer un dossier spécial à une simulation de guerre contre l'Iran.

Visiblement, le dirigeant israélien voulait ébranler la communauté internationale et montrer la détermination de son pays à frapper l'Iran si le programme nucléaire n'était pas neutralisé par les sanctions économiques et l'action de l'Agence internationale de l'énergie atomique. C'était, d'une certaine façon, un spectacle, car ce que le monde ne savait pas - du moins ceux qui n'ont pas de moyens techniques et humains d'espionner l'Iran - c'est qu'Israël était bien au courant que les Iraniens avaient décidé cet été d'utiliser une bonne partie de leur uranium enrichi à des fins civiles, se privant ainsi de la possibilité d'amorcer immédiatement le processus de fabrication d'une bombe atomique.

Ehud Barak a révélé cette information dans l'entrevue au Daily Telegraph. Téhéran est revenu sur ses ambitions de se doter de l'arme nucléaire, a dit le ministre, sinon Israël aurait agi. La décision iranienne «a permis d'envisager de repousser le moment de vérité de huit à dix mois», a-t-il déclaré.

Le report d'une attaque contre l'Iran ouvre donc un espace à la diplomatie, et celle-ci semble s'activer discrètement. Récemment, le New York Times a révélé que Washington et Téhéran avaient eu des contacts discrets. L'information a été rapidement démentie, mais tout laisse croire que la menace israélienne de bombardement a commencé à faire réfléchir un leadership iranien en pleine transition. En effet, une intervention à l'été 2013 coïnciderait avec l'élection du nouveau président en Iran. Est-ce à dire que les Iraniens seraient prêts à négocier plus sérieusement leur programme nucléaire après des changements au plus haut niveau de l'État?

Le geste posé par Téhéran porte à croire à une certaine ouverture aux négociations. Pourtant, rien n'est moins certain. Le programme iranien a commencé bien avant l'accession au pouvoir en 2005 de l'actuel président Ahmadinejad. Son prédécesseur, le très réformiste et «libéral» Mohammad Khatami, avait la fibre diplomatique, mais son gouvernement continuait à investir massivement dans la construction d'installations nucléaires. C'est d'ailleurs sous son règne que l'AIEA a commencé à s'inquiéter des dérives militaires du programme et obtenu le renforcement des inspections.

Et il n'y a pas que les mollahs qui tiennent obstinément au programme nucléaire. Le candidat de l'opposition à la présidentielle de 2009, aujourd'hui assigné à la résidence surveillée, Hossein Moussavi, a juré de le maintenir.

Ainsi, quel que soit le résultat de la présidentielle, tout indique que les Occidentaux se retrouveront devant de nouveaux interlocuteurs tout aussi déterminés à défendre ce programme. Ehud Barak n'écarte pas la possibilité que la décision iranienne de cet été soit une manoeuvre diplomatique pour gagner du temps. Si c'est vrai, alors le prochain été risque d'être très chaud.