Le discours de politique étrangère prononcé lundi par Mitt Romney a confirmé une chose: le candidat républicain s'illusionne quant à ce que son pays peut faire et changer dans le monde.    

La vision du monde de Mitt Romney est simpliste. Il fut un temps, a-t-il dit, où les États-Unis montraient la voie, exerçaient le leadership du monde libre. Uni autour de Washington, ce monde terrassait les tyrannies et multipliait les démocraties. Sous Barack Obama, les États-Unis sont en retrait. Ses ennemis sont de plus en plus nombreux et enhardis par la «passivité» et la «faiblesse» de la présente administration. Et c'est au Proche-Orient et dans le monde arabe que l'Amérique subit humiliations et reculs. Le candidat républicain veut changer la donne, en particulier dans cette région. Il veut restaurer l'autorité de son pays en adoptant la doctrine de la «paix par la force» préconisée par Ronald Reagan.

Ah, Ronald Reagan! L'homme qui a fait ciller les Soviétiques et s'effondrer le mur de Berlin. Il a montré ses muscles et les malfrats se sont terrés. C'est une légende, bien entendu, avec quelques vérités et beaucoup de faussetés. À y regarder de près, Ronald Reagan avait devant lui un monde plutôt stable. Il a détruit quelques petits démons et en a cultivé d'autres (Saddam Hussein).

En 1980, le président sortant Jimmy Carter affichait un bilan difficile à défendre: les taux d'intérêt étaient à 20 %, une cinquantaine d'Américains étaient retenus en otage à Téhéran, et l'Union soviétique venait d'envahir l'Afghanistan. Face à lui, Ronald Reagan, comme Mitt Romney aujourd'hui, plastronnait: la paix par la force, disait l'ancien acteur, était la seule réponse à donner à ceux qui profitaient de la faiblesse du président pour attaquer les États-Unis.

Reagan a gagné l'élection. Le jour de son assermentation, les otages de Téhéran ont été libérés. C'était beau.

Puis, le monde réel a frappé à la porte de la Maison-Blanche. En 1982, les troupes américaines ont débarqué à Beyrouth afin d'arbitrer les querelles au Liban. Un an plus tard, en octobre, 240 soldats américains sont tués dans un attentat suicide. Reagan a décampé. Avec l'Union soviétique, principale menace de l'époque, les relations ont évolué dans un sens favorable et Reagan a quitté la scène sans tapage. Les grands bouleversements mondiaux sont survenus après et, depuis, le monde est entré dans une période de turbulences dont on ne finit plus de voir les effets.

Barack Obama, comme George Bush et Bill Clinton avant lui, tente de comprendre ce monde et d'y réagir. Mitt Romney s'en moque. Il raille ses hésitations, ses doutes, ses décisions face à la réalité. En même temps, le candidat républicain n'a rien d'autre à proposer qu'un retour au passé. Comme Reagan, il préconise d'augmenter les budgets de défense. Comme Reagan, il veut convaincre les membres de l'OTAN de renforcer la plus grande alliance militaire de l'histoire. Comme Reagan, il menace l'Iran et la Russie. En plus, il promet de sanctionner la Chine.

Romney ne comprend pas ou fait semblant de ne pas comprendre que Reagan, c'était il y a 30 ans. L'Amérique et le monde ont changé. Les militaires américains ne souhaitent pas voir leur budget augmenter alors que leur pays connaît de sérieux problèmes sociaux. L'Europe est en crise et ne désire pas se ruiner afin de multiplier la puissance de l'OTAN. L'Iran, la Russie, la Chine, la Turquie, l'Inde et le Brésil sont des puissances avec qui il faut compter.

En janvier, si Romney est installé comme président, il sera confronté à une dure réalité. Et son discours de lundi apparaîtra alors pour ce qu'il est: un texte truffé d'illusions.