En Afrique, particulièrement en Afrique francophone, la démocratie reste fragile malgré ses progrès. Le Sénégal vient de confirmer son ancrage démocratique, mais juste à côté, au Mali, des militaires mécontents ont pris le pouvoir après 20 ans de régime démocratique.

Les Sénégalais ont fait mentir les rumeurs. Depuis quelque temps, plusieurs craignaient en effet que la volonté du président Abdoulaye Wade de se maintenir au pouvoir ne dégénère en affrontement violent avec l'opposition. À 86 ans, Wade se croyait si indispensable qu'il sollicitait un troisième mandat. L'opposition y a vu un prélude à la confiscation du pouvoir. Elle s'est unie derrière Macky Sall, et celui-ci a gagné par une écrasante majorité. Cinquante ans après son indépendance, le Sénégal prouve encore sa grande maturité politique en élisant démocratiquement son quatrième président.

Malheureusement, cet exemple est bien rare en Afrique. Sur les 54 pays du continent, tous sauf une dizaine ont connu ou connaissent des problèmes de gouvernance, d'instabilité politique, de rébellion militaire, de sortie de conflit difficile et de terrorisme. Le dernier en date est le Mali, où l'expérience démocratique amorcée en 1992 est en danger. Le président Touré a été renversé la semaine dernière par des militaires exaspérés devant les pauvres moyens dont ils disposent pour faire face à la rébellion touareg du nord, elle-même alimentée par les ex-mercenaires de Kadhafi qui s'infiltrent dans tous les pays du Sahel depuis la chute du président libyen. Une délégation de six présidents africains doit arriver aujourd'hui à Bamako pour trouver une solution.

Faut-il, dès lors, être pessimiste quant à l'avenir de la démocratie, particulièrement en Afrique francophone? On serait tenté de répondre oui tant la dernière décennie a été émaillée, de la Côte d'Ivoire au Congo démocratique, des Comores à la Guinée, en passant par le Tchad et la Centrafrique, de violences politiques souvent extrêmes.

Et pourtant, le paysage a changé par rapport aux périodes précédentes. Si quelque 100 coups d'État et prises de pouvoir par des rebelles ont secoué les pays africains depuis 50 ans, seulement 13 ont eu lieu depuis 1999 et dans des pays francophones. Fait intéressant, leurs auteurs ne s'installent plus définitivement au pouvoir. Ils passent la main rapidement, soit de leur propre gré, soit sous la pression internationale. Cela pourrait arriver au Mali bientôt.

Il y a au moins deux bonnes raisons à cette nouvelle situation. Premièrement, les putschistes se rendent compte que l'exercice du pouvoir sera une tâche difficile. Ils n'ont aucune recette miracle pour régler les problèmes. Deuxièmement, les sociétés civiles et les institutions en place sont plus solides qu'autrefois et refusent souvent de coopérer. Et c'est ainsi qu'en Guinée, en Mauritanie, au Niger, les militaires ont organisé des transitions rapides vers un nouveau régime civil. Même ceux qui s'accrochent endossent l'habit civil et sacrifient au rite électoral afin d'assurer légalité et légitimité à leur pouvoir.

La communauté internationale joue aussi son rôle dans la consolidation ou le retour de la démocratie. L'Union européenne est le plus important bailleur de fonds en Afrique et elle ne se gêne pas pour utiliser ses ressources afin de peser sur les événements. Le Canada fait sa part. Au Mali, Ottawa verse quelque 100 millions de dollars chaque année en aide au gouvernement et pour le développement. Au Niger, c'est un professeur de l'Université de Montréal, Mamoudou Gazibo, qui a présidé le comité de rédaction de la nouvelle constitution.

Bien entendu, l'instauration de la démocratie n'est pas qu'une affaire d'argent ou de mécanique constitutionnelle. Elle a besoin d'un terreau fertile pour s'enraciner, à commencer chez les élites. Elles ont le devoir de tout faire pour instaurer une vie politique apaisée, condition essentielle au développement d'une culture démocratique. En Afrique, on y chemine, lentement.