Il y a quelque chose de nauséabond qui se dégage présentement de la campagne pour l'élection présidentielle en France.

L'immigré, l'étranger - comprenez le noir ou le basané - est devenu le bouc émissaire d'un président aux abois. Au plus bas dans les sondages et talonné par le Front national, le candidat Sarkozy veut s'élever en rabaissant les plus fragiles, les plus vulnérables. Pour ce faire, il vient d'ouvrir la chasse à l'étranger.

Aujourd'hui, quelque 180 000 personnes s'installent en France chaque année. C'est trop, dit le président qui veut ramener ce nombre autour de 100 000 pour un pays de 65 millions d'habitants. Le Canada, avec ses 33 millions d'habitants, en accueille plus de 200 000.

Pour atteindre cet objectif, Nicolas Sarkozy n'hésite pas à se montrer brutal. Lors d'un grand débat télévisé, il a lâché la petite phrase qui choque, celle qui dégrade l'autre, mais dont il espère récolter les fruits en termes électoraux.

« Notre système d'intégration fonctionne de plus en plus mal, car nous avons trop d'étrangers sur notre territoire et que nous n'arrivons plus à leur trouver un logement, un emploi, une école », a-t-il lancé, tout en oubliant de dire que le problème du logement, par exemple, touche en fait 8 millions de Français, surtout les plus jeunes, et toutes « races » confondues.

La phrase de Sarkozy n'a rien d'anodin. En effet, qu'est-ce qu'un étranger? A priori, c'est une personne dont la nationalité n'est pas celle du pays d'accueil. Un Allemand est un étranger. Mais ce n'est pas de l'Allemand dont le président désire que les électeurs s'inquiètent, mais de l'étranger qui, dans la rue, ne passe pas inaperçu et qu'on peut reconnaître à la couleur de sa peau : le noir ou, surtout, l'arabe, même si celui-ci est né en France. En pointant du doigt cet étranger si visible et de trop, Sarkozy espère attirer les électeurs potentiels de Marine Le Pen.

La déclaration du président n'a pas eu l'air de choquer, ou si peu, car le thème de l'immigration terrorise la classe politique. Au lendemain de la petite phrase, David Pujadas, de France2, a demandé à trois reprises à François Hollande, candidat socialiste, s'il y avait trop d'étrangers en France. Hollande n'a pas répondu directement et a plutôt donné une longue explication sur l'immigration, raisonnée, mais pour le moins tortueuse.

Quant à la presse de droite, elle ne voit pas le problème, moral et politique. L'éditorialiste du Figaro Magazine a préféré s'indigner de la dernière proposition de Hollande visant à surtaxer les riches. Et d'accuser le candidat socialiste « de flatter les passions populaires dans ce qu'elles ont de moins haut (...). Pour quelques voix de plus, pour quelques points dans les sondages. » Il ne serait pas venu à l'idée de l'éditorialiste que c'est exactement le résultat que cherche Sarkozy en stigmatisant les étrangers.

La stratégie anti-immigré de Sarkozy ne fait pas l'unanimité dans son camp politique, au grand désespoir du commentateur de droite Éric Zemmour, déjà condamné pour provocation à la haine raciale envers les Noirs et les Arabes. Le Parti radical vient d'appuyer le président du bout des lèvres, mais sa vice-présidente, Rama Yade, a refusé de le faire en dénonçant une « droitisation » du discours. « Aujourd'hui, nous avons le sentiment, nous les républicains, d'avoir le pistolet du FN sur la tempe ».

À six semaines du premier tour, le 21 avril, le camp Sarkozy est nerveux. Le bilan de sa présidence n'est pas complètement négatif, mais la conjoncture est mauvaise. Le chômage monte, la grogne sociale est présente et le président plafonne à 28% dans les intentions de vote. Alors, les électeurs de Marine Le Pen sont bien tentants.