Dans une société capitaliste comme la nôtre, où il y a disparité normale entre les revenus de chacun, les impôts que nous payons, en plus d'assurer des services communs, ont également pour but de répartir la richesse de façon à en arriver à une plus grande justice sociale.

Le Québec de la Révolution tranquille nous a d'ailleurs démontré qu'il est possible d'atteindre un niveau de justice plus égalitaire. Les moins bien nantis vont payer moins qu'ailleurs, alors que les mieux nantis vont payer plus qu'ailleurs. C'est ce que l'on appelle le modèle québécois. Cependant, ce modèle a et doit avoir des limites, au risque de tout bousiller.

Il existe une distinction fondamentale entre justice sociale (ou équité) et égalité. Les actions gouvernementales ayant pour objectif la justice sociale doivent viser à donner à chacun les mêmes chances de réussite tout au long de leur vie, et non le même salaire que son voisin. On parle alors plus d'«égalité des chances» que d'«égalité salariale».

Par exemple, les inégalités de salaires entre métiers de qualifications différentes sont le plus souvent considérées comme justes et normales. C'est le fondement même de notre système économique. Malheureusement, ce principe n'est pas toujours compris. Pire encore, il est souvent déformé par ceux qui veulent tirer avantage du système.

Et c'est là que le bât blesse. Il semble en effet y avoir au Québec un segment de la population qui a une définition assez simpliste de la justice sociale. Il s'agit de ceux qui profitent du système en voulant tout avoir gratuitement et en disant «Les riches vont payer» pour que tout soit réglé. Pour ces gens, les supposés riches ne sont rien de moins qu'une source de fonds sans limites. Ils sont comme la poule aux oeufs d'or qui peut pondre sans arrêt. C'est comme si, par magie, taxer davantage les riches était la solution à tous les maux.

La principale contradiction avec cette façon d'agir vient du fait que ces mêmes personnes vont critiquer du moment que quelqu'un fait le moindrement de l'argent. Si quelqu'un a le bonheur (ou le malheur) de tomber dans la catégorie de ceux que l'on appelle les «riches», il devient comme un voleur de grands chemins qu'il faut honnir. Il faut vite le dépouiller, car faire de l'argent au Québec est encore mal vu.

Donc, on veut l'argent des riches pour payer les services, mais on ne veut pas que ces mêmes riches fassent de l'argent. Un peu beaucoup contradictoire quand même. En principe, si les moins bien nantis veulent avoir plus de services gratuits, ils doivent accepter qu'un segment de la population fasse plus d'argent de façon à payer plus d'impôts. C'est la seule façon d'en arriver à une plus grande justice sociale.

Il y a un adage qui dit que le Québec est riche en pauvres, mais pauvre en riches. En nivelant trop par le bas, on en arrivera à faire le contraire de ce qui est recherché. Moins de riches signifiera moins d'impôts dans les poches du gouvernement. Et moins d'impôts finira par augmenter le nombre de pauvres, car il ne sera plus possible de payer pour tous les services.

Dans la recherche d'une plus grande justice sociale, il est important de ne pas mêler équité et égalité. Il est important de cesser de voir en ceux qui font de l'argent une source infinie de fonds servant à augmenter sans cesse les services gratuits et à en créer de nouveaux. L'élastique pourrait casser.