Le 17 août 2011, La Presse publiait mon opinion intitulée «Un désastre signé Loblaws». Dans ce texte, je soulignais les erreurs fondamentales que Loblaws avait commises depuis son achat de Provigo en 1998, et à quel point cette entreprise était bêtement tombée dans le panneau de la centralisation à outrance. Au cours des 13 années qui avaient suivi la transaction, la part de marché de Loblaws-Maxi-Provigo au Québec était passée de 30% à 25%. Provigo ne faisait plus peur à personne.

C'est d'ailleurs par centaines que des cadres et autres employés hors magasins avaient quitté l'entreprise ou s'étaient carrément fait montrer la porte, très souvent avec de généreuses allocations de départ pour éviter des vagues qui auraient alerté les médias sur ce qui se passait. La mise en marché des magasins, autrefois pensée, gérée et implantée au Québec par des Québécois, pour des consommateurs québécois, était maintenant pensée et gérée de Toronto. L'influence locale était minimale et le résultat était d'une tristesse à faire brailler.

Loblaws, qui avait payé 1,74 milliard de dollars pour acheter Provigo, avait été dans l'obligation de déprécier son investissement de plus de la moitié en 2007. Et elle n'avait qu'elle-même à blâmer pour cette décision. Pire encore, la situation s'était répercutée au niveau du détail. Le nombre de magasins Provigo était passé de 168 à 80, dont seulement la moitié étaient encore opérés par des franchisés. Toute une côte à remonter, d'autant plus que la concurrence ne chômait pas.

Loblaws s'est finalement rendu compte de sa situation intenable au Québec et a pris la décision de corriger le tir. L'entreprise a apparemment réalisé le cul-de-sac dans lequel elle s'était engouffrée par son manque de sensibilité envers les réalités québécoises.

Un retour en force ne sera pas facile, car la compétition féroce de Metro et de Sobeys ne baissera pas les bras pour autant. Et c'est sans compter Walmart qui ouvre des supercentres à tour de bras. Mais au moins, Loblaws a décidé de revenir dans la partie et de mieux faire les choses à l'avenir.

Réalisant que leur succès au Québec passe par la marque Provigo et par le franchisage d'un maximum de magasins, ses dirigeants espèrent en franchiser une quinzaine d'autres d'ici 2014. De plus, ils viennent d'annoncer l'ouverture du premier magasin Provigo au Québec en sept ans. Ce magasin de 4000 m2 sera situé à Sherbrooke, ville qui, par hasard, a vu grandir le regretté Antoine Turmel, l'un des fondateurs de Provigo. Selon Loblaws, ce nouveau Provigo représentera sa nouvelle image au Québec.

De plus, il semble que Loblaws ait commencé à poser certains gestes, peut-être timides, qui visent à redonner une vraie direction québécoise à cette entreprise. De ce fait, de plus en plus de décisions seront prises au niveau local. On peut certes voir dans ce geste l'influence de Christiane Germain, qui fait partie du conseil d'administration de Loblaws depuis quelques années déjà et qui, de toute évidence, a réussi à convaincre ses pairs de changer leur façon de faire plutôt que de tout perdre. Christiane est reconnue comme l'âme derrière les hôtels-boutiques Germain et Alt.

Espérons que, cette fois, Loblaws réussira son pari, car elle n'aura pas une troisième chance d'y arriver et de sauver ce qu'il reste de son investissement original.