Malgré l'horreur qu'il soulève, l'effondrement meurtrier d'une usine de vêtements au Bangladesh n'est malheureusement qu'un pâle reflet de la réalité qui sévit dans les milliers d'ateliers de misère existants sur la planète.

Certaines données publiées par l'Organisation internationale du travail permettent d'imaginer l'ampleur du phénomène à travers le monde: 1,3 milliard de pauvres, 215 millions d'enfants contraints à travailler dont 53% sont affectés à des travaux dangereux, 21 millions de personnes enrôlées dans cette forme d'esclavage moderne qu'est le travail forcé.

La mondialisation externalise les coûts et déresponsabilise. Ainsi, une part importante de la concurrence internationale repose sur les bas salaires, la discrimination et les mauvaises conditions de travail. Cette compétitivité malsaine est une spirale sans fond qui détruit nos économies. La mondialisation à la chaîne, avec les multinationales et leur dédale de petits fournisseurs et de sous-traitants facilite cette exploitation éhontée. Enfin, l'absence de solides balises sociales dans les traités commerciaux joue contre la démocratie et les droits de la personne.

Le drame vécu au Bangladesh va malheureusement se reproduire si nous n'arrivons pas à dépasser l'indignation bien sentie que soulève ce genre de tragédie. Le problème est complexe. Pour réussir à l'endiguer, il faudra agir sur plusieurs fronts et mettre à contribution plusieurs acteurs. Voici quelques pistes à privilégier.

On s'est beaucoup tourné vers le consommateur pour sonder sa conscience sociale et sa fibre solidaire. La popularité croissante du commerce équitable a démontré qu'il y a là un puissant levier d'action citoyenne. En quelques années, des centaines de syndicats et d'associations ont fait leur cette maxime de Laure Warridel à l'effet qu'«acheter, c'est voter». Cette forme d'engagement, très créatif et porteur, est particulièrement populaire chez les jeunes.

Pour s'étendre au secteur du vêtement, il faudra mettre à la disposition des consommateurs des outils qui les rassurent quant à l'efficacité de l'approche. Plus que de prêchi-prêcha moralisateurs, les citoyens ont besoin d'être convaincus que ça marche et que leur action porte!

Les entreprises sont aussi appelées en renfort pour résoudre ce problème. Certaines comme Loblaw et Primark ont fait preuve d'audace en avouant avoir fait affaire avec des fournisseurs impliqués dans l'effondrement du Rana Plaza et en s'engageant à dédommager les victimes. Combien d'autres par ailleurs, sur lesquels pèsent pourtant de sérieux soupçons, continuent de se terrer et de jouer à l'autruche.

S'il faut féliciter les Loblaw et Primark, il faudra s'assurer qu'elles iront au-delà du dédommagement et qu'elles se doteront à l'avenir de politiques d'achat qui dépassent le simple marketing social. Elles devront faire preuve de rigueur dans le suivi et l'accompagnement des fournisseurs. Elles devront aussi s'ouvrir à ce que leurs politiques fassent l'objet d'audit et de vérification indépendante.

Beaucoup reste à faire au Québec pour développer la responsabilité sociale des entreprises, la consommation responsable et l'actionnariat engagé. Les politiques d'achat sont encore peu nombreuses particulièrement dans le secteur privé. De façon générale, elles ont à être renchaussées pour accorder plus de place aux considérations sociales et aux questions de travail.

Enfin, les États ne sont pas en reste. Ils ont un rôle crucial à jouer pour humaniser la mondialisation. Ils doivent faire preuve de plus de transparence dans la négociation des traités commerciaux et ultimement accepter de les soumettre à leur parlement. Ils doivent renoncer au tout à l'économie et inclure dans ces négociations les grandes conventions de l'OIT. Ils doivent faire le contraire de ce que fait le Canada avec l'ACDI en soutenant la coopération syndicale pour favoriser le développement des capacités syndicales dans les pays en développement. Rien ne remplacera l'action des syndicats pour améliorer les conditions de travail! C'est notamment la mission de la Confédération syndicale internationale.