Sans grande surprise, Philippe Couillard vient d'être élu chef du Parti libéral du Québec au terme d'une course au leadership qui n'a pas soulevé les passions, ni auprès de l'électorat québécois, ni même au sein du parti.

Néanmoins, il s'agit d'une victoire nette et sans équivoque, qui s'explique en bonne partie parce que les sondages le désignaient comme celui qui avait les meilleures chances de ramener le PLQ au pouvoir.

Sans minimiser les difficultés bien réelles qu'il rencontrera dans ses efforts pour unifier le parti et le remobiliser, trois autres défis s'imposent si le PLQ veut retrouver la place qu'il a eue dans l'histoire politique du Québec.

Au premier chef, le PLQ devra reconquérir une part significative de l'électorat francophone où il ne comptait qu'un maigre 20% d'appui lors de la dernière élection. C'est une chose d'accéder au pouvoir avec le tiers des votes exprimés, compte tenu de la multiplication des partis et de la fragmentation de l'électorat, c'en est une autre que de pouvoir se présenter comme un parti représentatif, avec une base électorale aussi étroite parmi la communauté majoritaire. Pour ce faire, il faudra non seulement aller sur le terrain et dans les régions, il faudra surtout que le parti soit disposé à analyser les raisons de sa défaite, alors que plusieurs s'entêtent à n'y voir qu'un accident de parcours.

Deuxième défi: le PLQ devra convaincre la population qu'il accorde une réelle priorité à l'intégrité. Le travail de reconstruction du parti s'inscrit dans une conjoncture donnée. Or, les Québécois sont actuellement secoués par des haut-le-coeur soulevés par la corruption et la collusion que la commission Charbonneau continue et continuera de mettre à jour.

Dans ce dossier, le PLQ porte l'odieux d'avoir tardé à mettre en place la commission tant réclamée. En outre, les témoignages entendus à ce jour continuent d'incriminer des libéraux notoires oeuvrant au municipal.

Certes, le nouveau chef ne peut pas réécrire l'histoire. Il devra cependant être plus clair quant à certaines questions concernant son passé. Philippe Couillard a la fâcheuse manie d'être un peu court dans ses explications concernant, entre autres, ses liens avec Arthur Porter. Si le crime par association n'a pas sa place, le public est quand même justifié de connaître la nature exacte des liens unissant les deux hommes. En politique, il y a des questionnements qu'on ne peut pas esquiver. Comme par exemple le choix qu'il avait fait d'aller pratiquer la médecine en Arabie saoudite. Rien de répréhensible, bien sûr... juste un peu d'éclairage sur les valeurs qui animent nos politiciens.

Philippe Couillard ne pourra pas se contenter d'affirmer que le PLQ devra être irréprochable sur la question de l'éthique. Ses comportements ont été mis en cause alors qu'encore en poste comme ministre, il négociait son passage au privé. Rappelons simplement qu'à l'époque, le règlement qu'il avait concocté pour donner suite au jugement Chaoulli, ouvrait toutes grandes les portes au privé. Son successeur a dû d'ailleurs le revoir de fond en comble.

Dernier défi: le renouvellement des idées. Hors de sa zone de confort, le nouveau chef devra aller au-delà des principes et nous dire de quelle économie il parle; en quoi prend-elle en compte l'environnement; quel rôle voit-il pour l'État dans le développement économique. Sur le terrain constitutionnel et sur celui de l'identité, l'heure du quoi et du comment devra sonner. Enfin, comme porte-étendard du fédéralisme, il devra nous dire comment il conçoit la place du Québec au sein du Canada.

S'il veut nous convaincre que le PLQ est vraiment de retour, il devra dégager une vision du Québec de demain et annoncer une ligne d'action, lesquelles ont fait cruellement défaut lors de la campagne à la direction.