Dans moins d'une semaine, le projet de loi 14 sur la révision de la loi 101 sera étudié en commission parlementaire. Il s'agit d'un exercice nécessaire qu'on ne saurait réduire aux pratiques tatillonnes relevées dans l'épisode du «pastagate».

Loin de défendre l'indéfendable, la présidente de l'Office québécois de la langue française, Louise Marchand, s'est excusée. La ministre responsable, Diane De Courcy, a aussitôt annoncé sa volonté de revoir les procédures d'enquête. Que voulons-nous de plus?

À ceux qui crient à l'abus de loi, je réponds qu'il y a plutôt un organisme devenu à l'étroit dans une loi dont les objectifs n'ont pas été actualisés.

Le premier mérite du projet de loi 14, c'est de sortir de l'immobilisme dans lequel tant les libéraux que les péquistes nous avaient enfermés. Le second mérite de cette loi, c'est de viser juste et de cibler les vrais enjeux. On pourra longtemps s'obstiner pour savoir si les mesures proposées sont suffisantes et vont assez loin. Une chose est claire cependant: les cibles d'action sont pertinentes. Elles vont droit au coeur des problèmes de notre temps.

La loi 101 a été un formidable levier d'affranchissement et d'affirmation du peuple québécois. Mais le temps a passé, les tribunaux canadiens ont joué du couteau et la société de 1977 n'est plus celle de 2013. La place du français au Canada a fondu comme le poids démographique du Québec. L'immigration s'est amplifiée et diversifiée. Le tiers de la population montréalaise a maintenant une langue maternelle autre que le français ou l'anglais. Son intégration à la société d'accueil devient plus difficile, parce que les francophones sont devenus minoritaires sur l'île de Montréal.

On peut certainement se réjouir qu'un nombre plus important d'immigrants aient une connaissance du français. Toutefois, ceux qui ont une maîtrise élevée de cette langue sont en diminution, ce qui complique l'intégration en emploi. Vivement une évaluation des niveaux de compétences linguistiques et de l'offre de francisation, comme le propose le projet de loi! Mieux encore, on ouvre une porte aux immigrants pour exiger d'être francisés. La présence d'une ministre sensible aux immigrants qui cumule les responsabilités du français et de l'immigration est aidante, mais il faudra que les budgets suivent!

Les défis ne se limitent pas à la démographie. La mondialisation et les nouvelles technologies deviennent souvent le prétexte du tout-à-l'anglais. L'assujettissement des entreprises de 26 à 49 salariés, l'obligation de justifier les exigences de postes bilingues, la révision du mécanisme de plaintes pour les non-syndiqués constituent des pas dans la bonne direction que la commission parlementaire devra permettre de bonifier, si on veut vraiment faire du français la langue normale et habituelle de travail.

L'inclusion dans la Charte québécoise des droits et libertés du droit de vivre et travailler en français est bienvenue. Ce faisant, on tente de mieux encadrer les tribunaux canadiens qui ont souvent charcuté la Charte de la langue française, tout en donnant plus de droits aux citoyens.

Gouvernement minoritaire oblige, la loi 101 ne sera pas étendue aux cégeps. Un examen obligatoire de français sera exigé comme condition d'obtention d'un diplôme secondaire ou collégial d'une institution anglophone. La croissance des cégeps anglophones sera mieux contenue puisqu'on exigera d'eux qu'ils accordent la priorité à la communauté anglophone pour laquelle ils ont été créés. Voilà qui permet de s'attaquer un tant soit peu au déséquilibre observé alors que les anglophones comptent pour 8,7% de la population, mais contrôlent 16,2% des places offertes dans les cégeps.

On pourra trouver que le projet de loi 14 ne va pas assez loin. On ne pourra pas cependant crier à l'inaction ou dénoncer les cibles retenues par un gouvernement qui s'emploie enfin à rénover une grande loi.