La suspension des travaux de l'Assemblée nationale a donné lieu à un bilan des 100 premiers jours du gouvernement Marois somme toute assez superficiel. En qualifiant le gouvernement de déconnecté et en criant à l'incompétence et à la manigance, l'opposition cache mal sa précipitation à vouloir en découdre avec un gouvernement élu depuis à peine trois mois, alors qu'elle a aussi des leçons à tirer de sa propre déconvenue électorale.

S'il est de bonne guerre de chercher à stigmatiser l'adversaire dans l'imaginaire populaire, l'essentiel des critiques formulées porte néanmoins sur le style de gouvernance plutôt que sur les réalisations concrètes du gouvernement.

À ce chapitre, il s'en tire plutôt bien, en échappant malgré de nombreuses contraintes à l'immobilisme qui guette les gouvernements minoritaires: loi sur l'intégrité, sur le financement des partis politiques, abolition de la loi 12, création de places en garderie, gel des droits de scolarité et sommet sur l'éducation, amiante, Gentilly et même quelques progrès pour les plus démunis sur la taxe santé.

Loin de moi l'idée de faire l'impasse sur certaines erreurs et errances qui ont marqué les premiers mois de pouvoir du gouvernement Marois - qu'on pense à l'affaire Boisclair ou encore à cette idée saugrenue d'impôt rétroactif lors du débat sur la taxe santé.

Ces évidentes bévues ont néanmoins permis de faire voir un sens de l'écoute et une capacité à corriger le tir peu communs en politique et certainement appréciés d'une population trop souvent enragée par l'entêtement du gouvernement précédent.

N'en déplaise à l'opposition, ce gouvernement n'a pas joué son va-tout et son avenir lors de cette seule première session. Les mois qui viennent vont soulever des enjeux bien plus déterminants et engageants.

Le budget de dépenses déposé la semaine dernière devrait cependant sonner l'alarme. Il va hanter ce gouvernement pendant plusieurs mois. Il risque de faire dérailler le sommet de l'éducation, qui demeure une clef de notre développement futur et de nos efforts de rapprochement avec la jeunesse. Il pèse sur notre économie qui carbure au ralenti. Enfin, il risque d'entacher la crédibilité du gouvernement qui prétend pouvoir sauver la chèvre et le chou quant à la qualité des services publics. Vouloir trop et trop vite menace même la pérennité des réformes qu'on se doit d'apporter.

Non, je ne prends pas à la légère la précarité des finances publiques. Contre toute attente, je suis prête à reconnaître que verser 8,6 milliards au seul service de la dette ne fait pas avancer le projet de société! Je suis même prête à accepter que ce gouvernement, trop lié par sa promesse électorale et par l'intransigeance des deux premières oppositions, honore son engagement de garder le cap sur un retour à l'équilibre budgétaire dès l'an prochain!

De grâce cependant, pouvez-vous au moins suspendre les versements au Fonds des générations pour l'année qui se termine et pour celle qui nous conduira à l'atteinte de l'équilibre budgétaire? Ce geste aurait pour effet de dissiper l'impression assassine que les dés du prochain sommet sur l'éducation sont pipés. Il dégagerait un peu d'oxygène pour éviter des coupes aussi précipitées qu'irréalistes dans plusieurs ministères. Enfin, il permettrait à l'économie de se rétablir et au réseau de la santé de ne pas injustement faire les frais de l'explosion des sommes imposantes consenties aux médecins par les libéraux.

Pour bien travailler, il faut un peu de temps. Surtout, il faut agir en évitant l'activisme. La population est en droit d'attendre mieux que le fatalisme résigné dégagé par cette déclaration insipide de Stéphane Bédard: «C'est une phrase plate, mais ce n'est pas ma faute.» Il faut éviter de tout compromettre et parfois savoir faire un pas de côté pour mieux avancer en respectant ses valeurs.