Six semaines après l'élection du 4 septembre, le Québec vient de connaître son premier atterrissage forcé dans le monde des gouvernements minoritaires. Le choc du réel fait mal.

C'était pourtant écrit dans le ciel que le PQ n'arriverait pas à appliquer son programme avec 32% du vote et 54 sièges. Même en additionnant les votes engrangés par la gauche souverainiste, on demeure loin du compte: 40% des votes et 56 sièges.

Oui, la taxe santé était un gros morceau. Un compromis, c'est rarement enthousiasmant. Ça demeure toujours une trop pâle copie de l'oeuvre, même s'il faut reconnaître que maintenant, 900 000 contribuables de plus vont en être exemptés et qu'au total, plus de 3 millions de Québécois vont voir leur fardeau allégé. Ce n'était que justice.

Sous les libéraux, il fallait gagner 3000$ en bas du salaire minimum pour y échapper. Encore aujourd'hui, Raymond Bachand prétend que ce n'était pas régressif, alors qu'au-delà de 15 000$, tous payaient le même prix.

Ce qui m'étonne, ce n'est pas le compromis du PQ, mais la réaction de l'opposition qui semble en pleine contradiction et en plein déni de la réalité.

La CAQ remporte la palme. Elle reproche au gouvernement de ne pas assez diminuer la taxe tout en s'opposant à toute recherche de nouveaux revenus. À les entendre, le gouvernement devrait gouverner avec le programme de la deuxième opposition! Abolir les commissions scolaires, les agences de santé, réduire les dépenses, alors que le gouvernement vient d'annoncer un coup de frein de plus d'un milliard d'ici la fin de l'année financière. Attendons de voir les dégâts avant d'en appeler d'autres.

Les libéraux sont plus cohérents. Ils ont instauré cette taxe injuste. Aujourd'hui, ils continuent à s'opposer à toute hausse d'impôt pour les mieux nantis. N'oublions jamais que l'origine de la taxe santé, ce n'est pas le vieillissement ou les coûts de santé qui se seraient emballés. L'origine de la taxe santé et le 1,1 milliard qu'il faudrait trouver pour l'abolir provient du milliard de baisses d'impôt consenties par le PLQ alors qu'il n'en avait pas les moyens. Ce choix injuste n'a jamais été présenté dans ces termes aux Québécois. Il faudra bien un jour que M. Bachand s'en explique.

Quant aux critiques de Québec solidaire, je les mets sur le compte de la déception, que je peux comprendre. Toutefois, QS devra prendre acte du résultat électoral. Ils sont bien loin de détenir la balance du pouvoir! Malheureusement c'est la droite qui jouit de cet avantage. On ne peut pas élaborer une stratégie parlementaire qui tienne la route en situation minoritaire, en isolant chacune des mesures auxquelles on tient.

Le prochain budget va disposer en bloc de la taxe santé, des droits de scolarité, de l'aide financière aux études, des investissements en santé et dans les services de garde, des coûts de la fermeture de Gentilly-2, etc. Si le gouvernement du PQ veut laisser derrière lui des avancées qui durent au-delà de la prochaine élection, il faudra des compromis, en attendant un autre résultat électoral.

Sur le fond des choses, un nouveau tour de roue s'impose. D'abord, étendre la progressivité au-delà du seuil de 42 000$. Ensuite, retenir la proposition de l'Institut sur la gouvernance à l'effet de taxer à 100% les gains de capital des «actionnaires touristes». Cette forme de spéculation est nocive pour l'économie réelle et favorise le recours à des pratiques de salaire déguisé pour payer moins d'impôt.