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Erreur fondamentale, M. Harper!

M. Harper, si vivre dans une démocratie signifie avoir le droit de se faire... (Photos.com)

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Boucar Diouf

L'auteur est humoriste, conteur, biologiste et animateur. Il collabore régulièrement à la section Débats.

M. Harper, si vivre dans une démocratie signifie avoir le droit de se faire entendre, je voudrais vous exprimer ma tristesse de voir votre gouvernement marginaliser la recherche fondamentale au Conseil national de recherches du Canada (CNRC).

Pour sublimer mon chagrin et encourager tous ces férus de sciences dont vous avez injurié l'intelligence et le dévouement, j'ai envie de vous raconter une portion d'histoire de cette recherche, du moins de cet arbre de la connaissance que vous voulez de plus en plus productif.

La recherche scientifique, M. Harper, est effectivement comparable à un pommier dont le système racinaire est la partie fondamentale. C'est en effet de cette invisible et discrète fabrique souterraine que s'écoule la sève nourricière qui permet indirectement aux fruits de se gorger de sucre, au grand bonheur des croqueurs de pommes.

Fort de ce modèle, le chercheur du XXIe siècle, même les yeux rivés sur cette minuscule fleur que vous lui demandez de transformer en or, gagne à développer une vision périphérique, à explorer les liens qui unissent sa branche au reste de l'arbre et même à descendre plus profondément dans la terre pour s'inspirer des connaissances traditionnelles et de la sagesse des pionniers de la science, qui nous ont généreusement ouvert le chemin.

À l'origine de la grande majorité des applications modernes de la science, il y a les travaux de débroussailleurs passionnés, qui cherchaient juste pour le plaisir de chercher.

Vous qui êtes particulièrement épris de sécurité et de répression de la criminalité, M. Harper, connaissez-vous les origines de cette empreinte génétique si précieuse à nos policiers? Saviez-vous qu'avant cette belle trouvaille, il y a eu les travaux d'une biologiste moléculaire britannique nommée Rosalind Elsie Franklin? Une passionnée du savoir, née en 1920 et morte à l'âge 38 ans, victime des radiations qu'elle utilisait pour percer le secret de l'ADN. Ce sont les sacrifices de cette dame, à qui l'humanité doit un grand merci, qui ont permis au trio Watson, Crick et Wilkins d'élucider la structure en double hélice de l'ADN et de rafler le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1962.

Mais tous ces précurseurs de la génétique moléculaire, si importante aujourd'hui dans notre système judiciaire, doivent en grande partie leur succès à un moine et patient jardinier nommé Johann Gregor Mendel, né le 20 juillet 1822 à Heinzendorf, un petit village de la Moravie. Ce religieux, qui croisait des petits pois (Pisum sativum), a découvert dans ses platebandes les premières réponses qui nous ont permis aujourd'hui de séquencer le génome humain.

Vous voyez donc, M. Harper, que l'empreinte génétique a marché sur les traces laissées par des passionnés qui cherchaient sans objectifs précis quant à l'utilité de leur découverte. Un peu comme le bras spatial canadien, que vous venez fièrement d'exhiber dans un nouveau musée, doit beaucoup à la perspicacité d'Isaac Newton qui a pensé la gravité universelle en faisant une sieste sous un pommier.

Comme quoi toute science désireuse de s'inscrire dans la durabilité, la fiabilité et l'humanité doit parfois s'affranchir du chronomètre et des contraintes mercantiles.




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