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Vous êtes conservateur ? Bravo, vous êtes écolo

« Vous n'avez pas le monopole du coeur. » Par cette célèbre réplique, Valéry Giscard d'Estaing voulait montrer au président français Mitterrand en 1974 que la gauche n'était pas la seule à se soucier des démunis.

Les conservateurs devraient reprendre la formule aujourd'hui afin de signifier aux progressistes qu'ils ne sont pas les seuls à se préoccuper de l'environnement.

On parle des conservateurs avec un petit « c ». De l'idéologie conservatrice, et non du parti. Comme on le voit avec Doug Ford à Toronto ou avec Andrew Scheer à Ottawa, les chefs actuels des partis conservateurs se fichent un peu, beaucoup, énormément de l'écologie.

Cela ressemble à un réflexe de clan - puisque les progressistes veulent protéger la planète, eux s'y opposent.

Mais s'ils respectaient leur philosophie, ces chefs conservateurs agiraient différemment.

Au Québec, le conservatisme est devenu un vilain mot. Une insulte. Pourtant, le courant a ses mérites.

Dans ses meilleurs moments, c'est une pensée de l'humilité. Le conservateur ne croit pas que l'histoire avance nécessairement vers le progrès. Il refuse de rompre avec le passé pour réinventer sans cesse le présent.

C'est aussi une pensée de l'ancrage. Des générations nous ont précédés, et d'autres suivront. Comme le résume la célèbre formule d'Edmund Burke, la société est un pacte entre les vivants, les morts et ceux qui ne sont pas encore nés. Le conservateur est un héritier, responsable de la transmission et de la continuité.

Le conservateur ne croit pas que tout est bon dans notre époque. Il est sceptique face au consumérisme ou à l'hyperindividualisme qui déconstruit toutes les valeurs. Et il se méfie de ceux qui croient que le progrès technologique réglera les problèmes au fur et à mesure qu'ils nous éclateront au visage.

Vous avez fait des liens avec l'environnement ? Nous aussi.

***

Le conservatisme recèle tous les ingrédients d'une pensée écologiste. Il suffit d'y intégrer la science. Celle du climat et de la biodiversité, mais aussi celle de l'évolution.

Faites le test autour de vous. Demandez aux gens s'ils croient à la théorie de Darwin. Avec un peu de chance, ils répondront oui. Et pourtant, ils agissent comme si l'humain ne faisait pas partie de la nature, comme si son destin n'y était pas lié.

Le philosophe Timothy Morton a déjà écrit qu'il est plus facile de concevoir l'éternité que le temps de l'histoire naturelle. En effet, on dit vivre en l'an 2019, même si l'Homo sapiens a environ 200 000 ans, et que la Terre a fêté, on ne sait plus trop quand, son 4,5 milliardième anniversaire.

C'est ce décentrement que nous impose la théorie de l'évolution. Elle montre que nous sommes un superbe accident de l'histoire, et non son aboutissement.

Cela nous mène à la protection de l'environnement. D'un point de vue conservateur, on ne devrait pas protéger une forêt en vertu d'une vision romantique de la nature, pour préserver les derniers paradis intouchés par l'humain où il fait bon faire un trekking avec des bâtons en graphite... On ne protège pas non plus un espace vert parce qu'on croit que la nature est immuable et que toute disparition d'une espèce est inacceptable. Il est normal que le climat change et que des espèces s'éteignent. Ce qui n'est pas normal, par contre, c'est la vitesse folle à laquelle ces changements s'accélèrent.

Un conservateur protège l'environnement parce qu'il comprend que la nature n'est pas une chose extérieure à lui. Il dépend de ce fragile équilibre, qui est aujourd'hui menacé. Et par conséquent, il veut le protéger, par respect pour les générations futures. Pour le conserver.

Voilà le propre de la pensée conservatrice. Il ne reste aux conservateurs qu'à avoir le courage d'être d'accord avec eux-mêmes.

La droite devrait aimer les taxes

Et la droite ? Ce n'est pas la même chose que le conservatisme.

On pourrait soutenir que MM. Scheer et Ford sont plus des politiciens de droite que des conservateurs. Mais là encore, s'ils croient à l'économie de marché, ils le cachent bien.

Les gens de droite se méfient de l'État et de sa bureaucratie centralisée. Ils préfèrent s'en remettre au marché et à l'initiative individuelle.

Le marché équilibre l'offre et la demande, par l'entremise d'un prix. Or, pour fonctionner, ce prix doit refléter l'ensemble des coûts et bénéfices. Ce n'est pas le cas en ce moment. L'impact de la pollution n'est pas inclus dans le prix. Par exemple, le transporteur ou les passagers d'un avion ne paient pas pour l'impact pourtant bien réel de ses émissions de gaz à effet de serre. Ils en refilent plutôt la facture à l'ensemble de la société. Ils n'ont donc aucun incitatif à changer leur comportement.

Voilà pourquoi l'idée de taxer le carbone relève du plus élémentaire bon sens pour un économiste. La preuve, il s'agit de la mesure qui a fait l'objet du plus vaste consensus de l'histoire des économistes américains ! Et pourtant, MM. Scheer et Ford, qui disent croire au marché, s'y opposent.

Bien sûr, des gens à gauche diront qu'un tel ajustement du marché ne suffira pas à combattre le dérèglement climatique. Mais ils doivent reconnaître que c'est le premier pas à faire.




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