Il ne manque pas de gros chantiers à venir à Montréal, comme le REM, l'autoroute 40 et le tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine. Dans chacun des cas, des tonnes de matières contaminées seront excavées. Et il est très probable qu'une partie sera déversée dans la nature. Du pur saccage écologique.

Voilà la nouvelle business du crime organisé : détruire l'environnement. Elle est payante, d'autant plus qu'un troublant message a été lancé cette semaine : continuez, vous ne risquez rien.

Selon les policiers, le crime organisé aurait infiltré l'industrie de la décontamination. Pendant plus de deux ans, la Sûreté du Québec a enquêté. Elle a identifié plus de 80 sites contaminés, 4711 faux documents et cinq suspects. Le résultat : zéro accusation. Rien. Les procureurs ont jugé que la preuve ne suffisait pas pour convaincre un juge.

On ne se substitue pas aux procureurs et on ne veut pas se prononcer sur leur choix de ne pas déposer d'accusations. Mais on ne peut que déplorer la conséquence : le crime organisé est encouragé à continuer son sale boulot.

D'ailleurs, comme le rapporte notre collègue Vincent Larouche dans son excellente enquête publiée mercredi, c'est ce qui se passe. Les déversements illégaux se poursuivraient sans signe de ralentissement.

Bref, le scandale continue.

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Il existe trois façons de disposer des sols contaminés : les traiter sur place, les traiter dans un site extérieur ou encore les déposer dans un endroit sûr.

Comme le crime organisé ne les décontamine pas, ses coûts sont très faibles. Cela lui permet de soumissionner à très bas prix et de faire de l'argent malgré tout.

Ce ne sont pas les amendes administratives qui les effraieront. Elles s'élèvent à seulement 10 000 $ - une virgule dans leurs profits.

Certes, des sanctions pénales pourraient aussi s'appliquer. Mais avec l'échec de l'enquête policière, on voit mal comment cette menace ferait peur à ceux qui arrosent les rivières de plomb pour pouvoir se payer une plus grosse Harley-Davidson.

Comment les attaquer ? Plusieurs mesures devraient être examinées. La première, c'est de suivre à la trace les matières contaminées.

À l'heure actuelle, le système fonctionne au papier-crayon. Avec des bordereaux facilement falsifiés, qui mettent les inspecteurs du Ministère dans une position vulnérable. La nouvelle ministre de l'Environnement, Isabelle Melançon, a lancé deux projets-pilotes le printemps dernier, dans Rosemont et Outremont, pour que chaque changement soit pesé et suivi au GPS. Tant mieux. Ç'aurait toutefois été plus efficace si son prédécesseur s'y était intéressé avant elle - des reportages sur les déversements sauvages existent depuis au moins l'hiver 2017.

La ministre songe aussi à créer une nouvelle escouade verte. L'idée n'est pas mauvaise. 

Reste toutefois à voir si elle se traduirait par un ajout d'inspecteurs ou plutôt par la simple création d'une structure, avec le risque de travailler en vase clos.

Plusieurs autres suggestions méritent d'être examinées : 

- Hausser les amendes ;

- Exiger que les sols soient décontaminés au Québec (selon un stratagème, le crime organisé déclare que les sols sont décontaminés en Ontario, puis il les déverse au Québec) ;

- Exiger que les sols soient décontaminés dans un site accrédité par le Ministère ;

- Tenir responsable le propriétaire du terrain où il y a du sol contaminé à traiter, afin de transférer le fardeau de la preuve (l'Union des producteurs agricoles y réfléchit).

En attendant, des entrepreneurs véreux déversent du plomb, des hydrocarbures et d'autres cochonneries dans nos terres agricoles et nos milieux humides. Et ils le font en s'enrichissant à même les fonds publics.

Avec les milliards de dollars en chantiers qui approchent, il y a urgence de s'attaquer à ceux qui traitent le Québec comme un gros dépotoir.