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Pris à la pompe

« On comprend le sentiment d'impuissance des automobilistes », explique... (Photo Jonathan Hayward, Archives La Presse Canadienne)

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« On comprend le sentiment d'impuissance des automobilistes », explique Paul Journet.

Photo Jonathan Hayward, Archives La Presse Canadienne

Paul Journet

Éditorialiste

La Presse

Pour ceux qui s'intéressent à la rage, les stations-service offrent un bel observatoire depuis quelques semaines. On comprend le sentiment d'impuissance des automobilistes. Et on comprend aussi leur frustration d'envoyer une part plus grande de leur chèque de paie aux pétrolières, raffineries et essenceries, qui mangent déjà bien à leur faim.

Mais ont-ils raison de se plaindre ? Oui, mais seulement en partie. Expliquons.

L'ESSENCE N'EST PAS TROP TAXÉE

C'est à Montréal que l'essence est la plus taxée en Amérique du Nord. Comme le rappelait cette semaine la Fédération des contribuables, les taxes comptent pour près de 40 % du prix total à la pompe.

Il y a la...

- la taxe fédérale d'accise ;

- la taxe provinciale sur le carburant ;

- la taxe montréalaise sur les transports collectifs.

De plus, ces taxes sont elles-mêmes taxées par deux autres taxes, la TPS et la TVQ.

Vrai, c'est beaucoup. Mais est-ce trop ?

Les automobilistes reçoivent un service de l'État, les routes. Et ils refilent aussi au reste de la société des coûts, comme la pollution de l'air et la congestion. Conclusion : dans l'ensemble, malgré les taxes, ils sont gagnants.

Car ces taxes ne compensent pas les coûts environnementaux et économiques. Pour chaque litre d'essence acheté, un automobiliste recevrait une subvention indirecte de 50 cents, a déjà estimé Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie de HEC Montréal.

Son calcul, basé sur les chiffres de 2008, n'a pas été mis à jour. Avec la hausse de la congestion, la subvention indirecte a probablement augmenté.

L'ESSENCE EST TROP CHÈRE... MAIS PAS ASSEZ

L'essence n'est pas assez chère, mais en même temps, elle est aussi trop chère.

Elle n'est pas assez chère, car elle n'incite pas les automobilistes à conduire moins, dans de petits véhicules. Mais elle est trop chère, car certains détaillants semblent profiter d'un inexplicable manque de concurrence.

Avant d'aller plus loin, décortiquons le prix de l'essence. Outre les taxes, il résulte : 

- Du taux de change, car le pétrole s'achète en dollars américains ;

- Du prix du baril ;

- De la marge de profit des raffineries ;

- De la marge de profit des détaillants.

Les producteurs, les raffineurs et les détaillants sont de moins en moins intégrés dans une même entreprise.

Le prix du baril dépend du marché mondial. Il a subi une pression à la hausse, entre autres à cause de la demande de l'Inde et de la Chine ainsi que des tensions au Moyen-Orient.

La marge des raffineries dépend d'un marché régional, le nord-est de l'Amérique. Le nombre et la capacité des raffineries ont baissé dans les dernières années, alors que la demande augmentait. Ce déséquilibre leur a permis de hausser leurs marges de profit.

Enfin, la marge des détaillants dépend d'un marché local. Leurs profits ont augmenté. Mais, à Montréal, cette hausse s'explique encore plus difficilement que celle des raffineries.

Dans les 12 derniers mois, la marge des raffineurs de Montréal était de 13,1 cents, calcule CAA-Québec. C'est presque le double de la marge moyenne (7,1 cents) de la province ! Et ce, même si la concurrence devrait être plus grande dans la métropole. Pourquoi ? On l'ignore...

Hier, le prix moyen à Montréal était de 1,41 $/litre, avec une marge de 5,7 cents pour les détaillants. Soit presque trois fois moins que la moyenne. Pourquoi n'existe-t-il pas au moins un détaillant qui offre de telles marges chaque jour de la semaine ?

AIDEZ-VOUS !

Mais si les automobilistes sont choqués, ils ne le montrent pas avec leur portefeuille. L'essence est peu élastique. Une hausse du prix influence peu la demande.

Bien sûr, c'est parce que plusieurs automobilistes n'ont pas le choix. Ils doivent chaque jour se rendre au travail et conduire leurs enfants à l'école. Les transports collectifs ne conviennent pas à tous, et n'existent tout simplement pas dans plusieurs régions.

Tout cela, on le comprend. Reste que ça n'explique pas la hausse fulgurante des camions légers.

***

De 1990 à 2014

Hausse de 17 % de la population

Hausse de 21 % des voitures

Hausse de 195 % des camions légers

Source : État de l'énergie au Québec, 2018

> Lisez le rapport du HEC Montréal

***

Bref, les Québécois achètent plus que jamais de véhicules, et des modèles plus gloutons. Si l'essence coûte trop cher, les statistiques le cachent bien.

Ces véhicules ne sont pas seulement plus gros, ils sont aussi plus vides. Regardez autour de vous à l'heure de pointe. Ce qu'on voit en majorité, ce sont des places vides. Le covoiturage reste l'exception.

Notre but n'est pas de faire la leçon. Encore une fois, on comprend que le covoiturage ne convient pas à tous. Mais à tout le moins, les employeurs et les élus devraient favoriser les programmes de covoiturage au lieu de maintenir les obstacles réglementaires. Car d'un point de vue économique, tout le monde est perdant. La majorité des dépenses en voitures et en essence se rendent à l'étranger. Si cet argent restait au Québec, il servirait à mieux financer l'éducation, la santé et le reste des services publics.

AILLEURS, CE N'EST PAS MIEUX

Quand on se compare, on se console. Selon l'indice de Bloomberg, le Canada se classe avantageusement face aux autres pays. Parmi les membres de l'OCDE, il offre le prix qui est au troisième rang des plus bas prix.

***

Rang mondial/prix du litre d'essence (dollars américains)

1er Venezuela 0,01

12e États-Unis 0,79

15e Mexique 1,10

19e Canada 1,18

38e Espagne 1,56

47e Allemagne 1,70

49e Royaume-Uni 1,74

52e Suède 1,82

53e France 1,85

57e Italie 1,93

60e Norvège 2,07

***

Malgré tout, selon le même indice de Bloomberg, le Canada figure parmi les pays où les citoyens consacrent la plus grande part de leur salaire pour faire le plein. Les Canadiens consomment près de 10 fois plus d'essence que les Français ! Bien sûr, la géographie explique en partie l'écart. Mais cela vient aussi de la taille des véhicules et de la faible part des transports en commun.

***

Rang mondial/ % du salaire utilisé pour l'essence/litres par année

5e Norvège 0,52 %/210,6 L

7e France 0,57 %/137,5 L

11e Espagne 0,64 %/133,9 L

16e Italie 0,94 %/174,1 L

19e Allemagne 1 %/296,5 L

20e Royaume-Uni 1,01 %/263,7 L

28e Suède 1,2 %/365,1 L

52e États-Unis 2,07 %/1624,6 L

59e Canada 2,99 %/1217,8 L

61e Mexique 3,82 %/355,5 L

***

> Consultez l'indice Bloomberg (en anglais)




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