La Ville de Montréal nous force à réviser notre vocabulaire. Comment doit-on nommer une opération de déneigement sans neige? Un «dénasphalte»? Ou, plus simplement, un gaspillage?

La fin de semaine dernière, l'argent des Montréalais a servi à pelleter de l'air. Des autos ont été remorquées alors qu'il n'y avait pas assez de neige pour cacher la semelle de leurs pneus. Leurs propriétaires ne croyaient pas que leur arrondissement déneigerait la rue. Peut-être cherchaient-ils les habituels panneaux orange sur le bord des trottoirs - il n'y avait pas assez de neige pour les planter...

Cela boucle la boucle d'un hiver pénible, où on a essayé de corriger la négligence passée avec du zèle. Après avoir laissé les déneigeuses au garage en janvier dernier, on a décidé de faire le contraire. On les a lancées à l'assaut de pavés lisses. Ces erreurs ne s'annulent pas, elles s'additionnent.

Pourquoi y consacrer un éditorial? Parce que cela éclaire le débat sur la décentralisation de la ville. Peu importe le modèle de gestion retenu, il reposera sur des humains, qui seront plus efficaces s'ils regardent parfois par la fenêtre pour prendre des nouvelles du monde extérieur.

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Pour comprendre le dérapage, il faut revenir à 2015. L'administration Coderre uniformise la politique du déneigement. C'est désormais la ville-centre qui décide quand les 19 arrondissements déneigent. Elle leur donne la commande en même temps. Les directeurs des travaux de chaque arrondissement coordonnent ensuite les travaux, en assignant une priorité de 1 à 3 à chaque rue.

Vendredi dernier, certaines rues étaient enneigées. D'autres, exposées au soleil, ne l'étaient plus. L'administration Plante a donc ordonné une opération de déneigement, avec un bémol.

Pour la première fois, elle exhortait les arrondissements à ne déneiger que les rues qui le requéraient. Bref, à utiliser leur jugement. Certains ont préféré passer leur tour.

On pourrait en conclure que la rigide politique de déneigement de M. Coderre déresponsabilise les arrondissements. Qu'il faut la décentraliser. C'est possible, mais cela ne réglerait pas tout, comme le démontre la tempête de janvier dernier.

Le nouvel exécutif de Montréal avait alors prévu qu'un redoux ferait fondre le verglas et la neige, mais il a fait plus froid qu'escompté. Les voitures ont été emprisonnées dans la glace, et les trottoirs ressemblaient à des terrains de curling.

À la décharge de l'administration Plante, elle n'a pas été aidée par la réglementation byzantine. C'est que le verglas n'était pas compris dans la politique de la neige... Pour le verglas, la décision relevait de chaque arrondissement. La ville-centre a présumé que chaque administration locale s'y attaquerait.

L'administration Plante veut revoir sa politique de déneigement. Les cafouillages hivernaux démontrent qu'elle gagnerait à y inclure tous les cristaux qui tombent du ciel, pour la rendre aussi simple que possible. Et que même si cette politique est bien conçue, elle reposera en définitive sur des humains, dotés de jugement. Il ne leur restera plus qu'à s'en servir.