Ce fut long, pénible même. Mais avec l'annonce du tramway de Québec vendredi, le maire Régis Labeaume a gagné sa bataille.

Une bataille contre la myopie pragmatique du gouvernement Charest et du gouvernement Couillard en début de mandat. Contre l'acharnement idéologique de certaines radios privées. Et dans une certaine mesure, contre lui-même. Son propre parcours a été sinueux, mais il débouche sur une victoire éclatante. Grâce à lui, et grâce à l'appui aussi tardif que réjouissant du premier ministre Couillard, la Capitale Nationale a enfin le grand projet de transport collectif qu'elle mérite.

Parmi les agglomérations de taille semblable, Québec affiche les plus faibles taux au pays de covoiturage et de fréquentation du transport collectif. 

C'est une des régions qui a le plus besoin d'un vaste plan de mobilité durable. Mais pendant qu'Ottawa, Edmonton, Calgary, Hamilton, Surrey et même Brampton-Mississauga lançaient des projets de transports collectifs dans les dernières années, Québec restait au point mort.

Sous le gouvernement Harper, les autres provinces ont utilisé les fonds de Chantier Canada pour creuser des métros et lancer des services rapides par bus ou des tramways dans leur métropole. Hélas, les libéraux de Jean Charest ont dépensé toute leur part de l'enveloppe pour construire encore plus de routes.

Dans la région de Québec, on a ainsi élargi quatre autoroutes (Duplessis, Jean-Lesage, Laurentienne et Robert-Bourassa). Seule timide mesure pour la mobilité durable : une voie réservée a été incluse sur Robert-Bourassa. Mais encore là, c'était trop... Crétinisés par certains animateurs radio, des automobilistes se sont mis à y bloquer les autobus. Il a fallu modifier le Code de la sécurité routière pour restaurer une civilité minimale.

M. Labeaume a longtemps prêché dans le désert. Lors de son premier mandat, il assimilait le tramway à un beau « rêve ». Il a ensuite essayé de le vendre au gouvernement Charest. Mais il s'est buté au ministre régional Sam Hamad. Trop cher, répétait-il. C'était aussi la position du gouvernement Couillard en début de mandat.

Le maire a donc rapetissé sa vision pour la faire entrer dans ces ornières libérales. Il a lancé un projet de service rapide par bus (SRB). Contrairement à ce qu'on prétend trop souvent, les citoyens de Québec y étaient favorables. Du moins, ils l'étaient au départ. Mais encore une fois, le vent réactionnaire s'est levé. Une campagne menée par le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, a réussi à diviser la population, assez pour que le projet soit entreposé au congélateur.

Finalement, ce fut pour le mieux. Le SRB était un mauvais compromis. Son tracé en basse-ville était bancal. Et si on voulait ajouter des autobus en haute-ville, un autre problème se posait. Le réseau est déjà saturé à cause de la géographie - il n'y a que trois axes routiers pour monter sur la colline Parlementaire.

Il fallait donc un réseau avec des tunnels. Un vaste tramway comme l'emballant projet dévoilé vendredi. Il faudra l'étudier dans le détail pour voir s'il comporte des lacunes. À première vue, il paraît bien conçu. Il ne manque qu'un lien vers la Rive-Sud, qui pourrait toutefois être ajouté à moyen terme.

Le maire de Lévis s'en désole, mais il est mal placé pour se plaindre. Il s'est lui-même marginalisé à cause de son entêtement à bloquer le SRB et à prioriser la construction d'un nouveau pont ou pont-tunnel, le troisième lien.

De toute façon, il fallait faire vite, car une rare fenêtre s'est ouverte. Le gouvernement Trudeau a créé un Fond pour les infrastructures vertes, et le gouvernement Couillard a désormais de l'argent ainsi que des électeurs à courtiser dans la capitale nationale...

Tant mieux s'il veut les séduire en combattant la pollution et la congestion, et en améliorant la qualité de vie! M. Couillard dit vouloir lancer une nouvelle ère de grands projets en mobilité durable. On ne peut qu'espérer que cette vision se concrétise, et que le Capitale-Nationale y prenne part. Elle a déjà attendu trop longtemps son tour.

UN TRAMWAY OU UN TROISIÈME LIEN ?

MM. Labeaume et Couillard répètent que le tramway et le troisième lien ne s'excluent pas. Ce n'est pas tout à fait vrai. On s'attend à ce que le tramway soit cofinancé par le fédéral et le provincial. Pour Ottawa, l'enveloppe est dédiée aux transports collectifs - l'argent qui ira au tramway n'aurait pas pu servir au nouveau pont ou pont-tunnel. Mais pour Québec, c'est le contraire. Le financement pour les transports collectifs et routiers vient de la même enveloppe, et on ne peut pas tout payer en même temps... Si un choix doit se faire, les partis devront dire ce qu'ils prioriseront. Ou, du moins, ce qu'ils veulent faire en premier.